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"Training day"

titre original "Training day"
année de production 2001
réalisation Antoine Fuqua
scénario David Ayer
photographie Mauro Fiore
interprétation Denzel Washington, Ethan Hawke, Scott Glenn, Tom Berenger, Dr. Dre, Snoop Dogg, Eva Mendes
 
récompense Oscar du meilleur acteur pour Denzel Washington

La critique de Didier Koch

C'est grâce à "Training day" et sa rencontre avec Denzel Washington qu'Antoine Fuqua a pu sauver en 2001 sa carrière de réalisateur tout juste naissante, mais déjà marquée par deux cuisants échecs au box-office ("Un tueur pour cible" en 1998 et "Piégé" en 2000).

Denzel Washington, qui a près de 30 films à son actif, commence, depuis cinq, à accéder aux premiers rôles. Il a été durant les années 1990, avec Wesley Snipes et Eddie Murphy, l'acteur afro-américain sur lequel les studios misaient pour jouer le jeu de la mixité tout en remplissant les caisses. À l'orée des années 2000, les deux premiers cantonnés chacun dans un genre très précis (films d'action pour Snipes et comédies pour Murphy) voient leur étoile pâlir suite à de mauvais choix répétés. Denzel Washington, dont la palette de jeu semble plus complète, ne tutoie pas les sommets, mais ne déçoit jamais producteurs et spectateurs. Il ne perdra pas au change en acceptant ce rôle de flic véreux et criminel à la limite de la psychopathie, l'académie des Oscars faisant de lui en 2002 le deuxième acteur noir à décrocher la prestigieuse statuette du meilleur acteur après Sidney Poitier ("Le lys des champs" de Ralph Nelson, 1963).

Écrit par David Ayer, le jeune scénariste qui monte après le succès de "U-571", "Training day" emmène le spectateur dans la voiture de l'inspecteur Alonzo Harris (Denzel Washington) qui, durant une très longue journée, va tester un jeune flic désirant rejoindre la prestigieuse brigade des stupéfiants de Los Angeles dont il est l'une des figures de proue à la tête de son équipe aux méthodes très musclées fondées sur le précepte radical du "combat du mal par le mal". Aussi novice que l'aspirant, le spectateur n'a aucun mal à s'identifier à celui-ci, découvrant assez effaré un flic au discours oscillant entre une certaine logique adaptée au contexte violent de L.A. et une logorrhée verbale dans laquelle s'entremêlent allègrement autoritarisme, mégalomanie et paranoïa.

Comme Jack Hoyt (Ethan Hawke), on se demande au fur et à mesure de cette déambulation dans les quartiers chauds de L.A. quelle sera la limite de cette initiation qui tient autant de l'humiliation que d'un réel test ou d'une quelconque transmission de savoir. C'est dans cette attente que réside le suspense réservé par ce scénario astucieux, qui permet à Denzel Washington de se livrer totalement dans un rôle sans limite qui l'amène quelquefois à la frontière du cabotinage. Mais l'essentiel est acquis, la tension montant d'un cran à chaque fois que les deux hommes descendent de leur voiture de police.

Efficace sans aucun doute, "Training day" souffre paradoxalement de la prestation "monstrueuse" de Denzel Washington, qui finit par phagocyter l'écran, laissant peu de place pour ses partenaires. Avec le recul, on se demande tout de même quel est le réel degré de réalisme du film. Dans un  genre similaire, on pourra préférer les excellents "Affaires privées" et "The king of New York" ou encore les beaucoup moins connus mais tout aussi glaçants "New Jack City" de Mario Van Peebles (1991) et "Un faux mouvement" de Carl Franklin (1992).

Antoine Fuqua était désormais mis sur de bons rails, tous ses films étant depuis gage de succès, avec ou sans Denzel Washington (trois films en commun suivront) à ses côtés.