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"The Homesman"

titre original "The Homesman"
année de production 2014
réalisation Tommy Lee Jones
interprétation Tommy Lee Jones, Hilary Swank, John Lithgow, James Spader

La critique de Didier Koch

Tommy Lee Jones devenu réalisateur aime prendre son temps et aussi la route. Comme "Trois enterrements", "The Homesman" nous emmène dans l’Ouest sauvage pour un road movie à dos de cheval ou, pour être plus précis, sur le siège avant d’une carriole tirée par des chevaux.

Dans une contrée aride du Nebraska, les conditions de vie des fermiers sont particulièrement dures et les hommes ayant choisi de se colleter à cette vie de chien ont bien du mal à se trouver une femme pour les seconder dans leurs tâches et fonder un foyer afin que tout ce labeur prenne un sens. Comme "L'amour est dans le pré" n’existe pas encore, c’est dans les grandes cités qui prospèrent qu’ils dégotent des candidates au mariage, la plupart du temps trop naïves et inconscientes de la vie qui les attend. Le choc est tellement rude que très souvent l’équilibre mental de ces jeunes femmes bascule dans la folie à force d’isolement. Il faut alors se séparer de celles qui se sont transformées d’espoir en fardeau.

Marie Bee Cuddy (Hilary Swank) vit seule et tient une ferme sans parvenir à trouver une épaule charitable malgré ses suppliques auprès de son voisin pour un accouplement même de façade. On se dit alors qu’il y a réellement un problème de rencontre entre l'offre et la demande au Nebraska, la jeune femme étant certes un peu rigide et bigote, mais tout de même très accorte. Pour ajouter un peu plus au bizarre de la situation, c’est Marie Bee qui va devoir accompagner trois jeunes épouses saisies de la folie des champs vers l’Iowa, où un révérend accepte de recueillir les rebuts de la fertilisation en marche des immenses prairies du vaste continent.

Légitimement inquiète du long périple qui l’attend, la jeune femme s’adjoint un déserteur vagabond (Tommy Lee Jones) qu’elle sauve de la pendaison. Commence alors une association pour le moins baroque, qui devra rapidement apprendre à fonctionner pour braver les avatars d’un tel voyage. Si Tommy Lee Jones, qui adapte ici le célèbre roman éponyme de Glendon Swarthout, sacrifie à l’éternel mais efficace triptyque opposition-apprivoisement-séduction, il n’en fait pas le thème essentiel de son film, qui s’attarde davantage sur la splendeur de l’immensité qui ramène en permanence l’homme à sa véritable dimension, y compris les trois hystériques qui, face à l’adversité de dame nature et aux mauvaises rencontres, devront puiser dans leur instinct de survie.

Les apports de Rodrigo Prieto, l’opérateur attitré d’Alejandro Inarritu, et du compositeur italo-américain Marco Beltrami sont des atouts de poids pour Tommy Lee Jones, dont la sensibilité élégiaque pourra surprendre ceux qui n’avaient pas entrevu, derrière ses rôles de dur, la fêlure de l’acteur à la gueule cassée. Le film perd bien sûr en rythme et en rebondissements, se rapprochant ainsi des quelques westerns de Kevin Costner et des derniers films de John Ford.

La place des femmes, trop souvent oubliées dans cette longue et douloureuse conquête territoriale, est remise à sa juste valeur par Jones qui trace, à travers Marie Bee Cuddy et grâce à l’interprétation toujours juste d’Hilary Swank, le portrait déchirant d’une femme qui souffre autant que celles dont elle a imprudemment pris la charge.

Un beau film intimiste se frayant un chemin dans l’immensité de l’Ouest américain.