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"Stone"

titre original "Stone"
année de production 2010
réalisation John Curran
photographie Maryse Alberti
interprétation Robert De Niro, Edward Norton, Milla Jovovich

La critique de Didier Koch

John Curran, réalisateur confidentiel, livre avec "Stone" un film inclassable, qui peut agacer ou surprendre agréablement selon la face par laquelle on l'appréhende.

Agacer à cause du jeu maniéré d'Edward Norton, qui dans le face à face qui l'oppose à Robert De Niro, cherche à retrouver, quatorze ans plus tard, la perversité du rôle qui lui valut une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans second rôle, pour sa deuxième apparition sur grand écran, dans "Peur primale" de Gregory Hoblit (1996), où, jeune homme accusé du meurtre d'un archevêque, il manipulait une pointure du barreau jouée par Richard Gere. Sa prestation de l'époque n'était déjà pas empreinte de sobriété, mais elle collait avec le rôle et surtout la jeunesse de l'accusé. Norton, qui estime sans doute n'avoir pas eu pour le moment la carrière que ses débuts fulgurants lui promettaient, semble vouloir trouver son salut dans un retour aux sources un peu vain. Agaçant aussi à cause de la référence constante à un puritanisme hypocrite, qui empêche souvent la société américaine de se regarder en face.

Mais on peut aussi être touché par le parcours de cet homme vieillissant à quelques pas de sa retraite, qui voit la rigueur qu'il s'est imposé jusqu'alors battue en brèche par une tentation bien humaine. De Niro, à qui l'on reproche les facilités qu'il s'accorde depuis une quinzaine d'années dans la gestion de sa carrière, montre ici qu'il est toujours capable de se mettre à nu face à la caméra. Jack Mabry, fonctionnaire appliqué, voire zélé de l'administration pénitentiaire, va aborder la dernière partie de sa vie aux côtés d'une femme avec laquelle il n'a rien partagé, si ce n'est un asservissement à la religion qu'il a accepté en rédemption de ses emportements parfois incontrôlés, exposés lors d'un préambule qui résume en quelques plans une vie commune. Les doutes qui l'assaillent sont dès lors ceux d'un homme pris de vertige devant le néant d'une vie gâchée par l'incommunicabilité. Un parcours plus fréquent qu'on ne le croie si, comme le fait John Curran, on veut bien gratter sous le vernis des apparences.

Il est dommage que Curran n'ait pas mieux maîtrisé son couple déviant, même si l'on doit reconnaître que Milla Jovovich est un excellent argument pour une sortie de piste, même et peut-être même surtout en fin de carrière.

À noter la très hypnotique bande-son de John O'Brien inspirée d'ambiances musicales expérimentales de Radiohead.