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"Still Alice"

titre original "Still Alice"
année de production 2014
réalisation Richard Glatzer et Wash Westmoreland
scénario Richard Glatzer et Wash Westmoreland
interprétation Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart
récompense Oscar de la meilleure actrice pour Julianne Moore

La critique de Didier Koch

Avec un Oscar bien mérité pour sa prestation dans ce film poignant qui offre un éclairage assez sobre sur la maladie d’Alzheimer, Julianne Moore doit être à ce jour la seule actrice de l’histoire du cinéma à avoir décroché un prix dans les trois plus grands festivals (Cannes, Venise et Berlin). Juste retour des choses pour celle qui, un peu dans l’ombre de Meryl Streep, a su montrer au cours d’une carrière déjà longue d’une soixantaine de films un talent protéiforme et une capacité, jamais démentie, à mettre son image en danger, que ce soit chez les frères Coen, Todd Haynes ou David Cronenberg.

Le rôle d’Alice était sans aucun doute pour elle le moyen idéal pour aller enfin chercher la statuette, mais encore fallait-il ne pas sombrer dans le pathos excessif que lui proposait le sujet. De ce point de vue, l’objectif est parfaitement atteint, Julianne Moore, avec le réalisateur Richard Galtzer (mort juste après le film de la maladie de Charcot), réussissant à montrer l’image d’une femme qui, jusqu’au bout, aura tenté de préserver sa dignité, sa personnalité et son amour pour ses proches.

Les étapes de la maladie rythment le film un peu selon le canevas classique d’un suspense, ce que certains ont reproché à Glatzer. Nous sommes tout de même à Hollywood, il ne faut pas l’oublier, et l’efficacité doit toujours être au rendez-vous. Est-ce un mal ? A chacun de juger. La découverte insidieuse de la maladie est sans doute la partie la plus captivante et la plus touchante de "Still Alice", car à ce moment, Alice est seule face à quelque chose qu’elle tente d’éloigner d’elle par tous les moyens mnémotechniques que son intelligence l’appelle à rechercher. L’effroi qui saisit cette femme encore jeune lorsqu’elle comprend, comme elle le dit elle-même, que « le sol se dérobe sous ses pieds », est communicatif, et la scène poignante où Alice se confie à son époux (Alec Baldwin très sobre) résume parfaitement l’angoisse de cette perte d’identité qui commence.

Le film doit bien évidemment beaucoup à Julianne Moore, complètement investie avec son metteur en scène contre ce fléau des temps modernes qui n’a pas encore trouvé d’explications satisfaisantes, ni bien sûr un soupçon de traitement efficace. Le seconde partie se rapproche davantage d’autres films sur la fin de vie, avec notamment l’évocation du choix d’en finir, qui finit bien évidemment par échapper à Alice qui n’est plus maîtresse de ses décisions.

Un film utile qui interroge chacun de nous sur l'attitude à adopter face à ce diagnostic qui vous annonce que bientôt vous ne serez plus vous-même.