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"Runaway train"

« No beast so fierce but knows some touch of pity.
But I know none, and therefore am no beast. »

William Shakespeare, "Richard III"

titre original "Runaway train"
année de production 1985
réalisation Andrey Konchalovskiy
scénario d'après un scénario d'Akira Kurosawa
production Golan-Globus
interprétation Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca De Mornay, John P. Ryan, Danny Trejo

La critique de Sébastien Miguel

« Oppressant, passionnant, beau, le film est la démonstration du métier technique d’Andrei Konchalovsky (…) et de sa capacité à tenir le rythme d’une histoire sans faiblir. » Hubert Niogret, Positif no 303, mai 1986

La Cannon (boîte à nanars de Golan) fut charmée par le succès surprise de "Maria’s lovers" (d’autant plus remarquable que le film d’Andrei Konchalovskiy bénéficiait d’un budget plus que modeste). Golan commanda donc au cinéaste russe un nouveau film.

Scénario original écrit par Akira Kurosawa au milieu des années 60, le film devait se tourner juste après le magnifique "Barberousse" et était destiné à devenir le premier long métrage en couleur du cinéaste de "Kagemusha". Mais en désaccord avec son producteur américain Joseph E. Levine, Kurosawa abandonna le projet. La Cannon racheta le script des années après et le mit en chantier au milieu des années 80.

Konchalovsky suivit le cahier des charges imposé par son affreux producteur : hyper violence insoutenable, scènes d’action et cascades à couper le souffle, virtuosité de la mise en scène et glaçante sensation de vitesse accentuée par le froid, le vent et la neige faisant de "Runaway train" une œuvre puissante et haletante.

Runaway train - train 3 Runaway train - hélicoptère

Le train, monstre d’acier à la mâchoire dantesque, demeure le personnage principal de cette course effrénée d'une humanité confrontée à sa propre bestialité et dramatiquement vouée à sa perte.

Runaway train - train Runaway train - train 2

John P. Ryan, arborant une affreuse moustache, est génial en nazillon brutal et abjecte, Rebecca De Mornay apporte une touche de sensibilité et de féminité totalement inattendue dans ce film dur et violent (le cinéaste faisant volontairement l’impasse sur la spectaculaire plastique de la très belle actrice). Roberts trouve, lui aussi, l’un de ses meilleurs rôles en petite frappe médiocre s’éveillant brutalement à la maturité et à la conscience. On notera, pour les puristes, la première apparition de Danny Trejo en boxeur patibulaire. Un casting admirable, donc, dominé par la création ‘monumentale’ de Jon Voight. Homme brisé par l’horreur carcérale (sa cicatrice au visage) et redevenu bête sauvage (sa moustache de biker), son Manny est inoubliable ; son monologue sur les rêves trompeurs et les espoirs dérisoires reste un grand moment de cinéma.

Le sacrifice final sur le bouleversant "Et In Terra Pax" du Gloria en D majeur d’Antonio Vivaldi finit par toucher au sublime, au sacré.

L’un des seuls grands films des années 80.