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"Quintet"

Quintet - affiche

titre original "Quintet"
année de production 1979
réalisation Robert Altman
photographie Jean Boffety
direction artistique Wolf Kroeger
interprétation Paul Newman, Vittorio Gassman, Fernando Rey, Bibi Andersson, Brigitte Fossey

Le titre du film

"Quintet" est le nom d'un jeu de stratégie fictionnel. Ce jeu fut inventé par Robert Altman lui-même. Il se joue à six, l'objectif de chaque joueur étant de rester le seul survivant, après avoir tué tous les autres, ou les avoir amenés à s'entre-tuer. Celui que les dés ont désigné comme étant "le sixième joueur" attribue à chacun des cinq autres une victime, le seul autre joueur qu'il ait le droit de tuer. À l'issue de chaque meurtre, le sixième joueur peut modifier l'ordre de meurtre. Dans la dernière phase du jeu, il affronte celui des cinq joueurs qui a gagné la première phase de la partie. Son objectif est donc de faire survivre le plus faible.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Science-fiction ? Thriller ? Western ? Un peu tout cela. Les images sont fascinantes, mais l'histoire hermétique. Prenons le film comme un beau conte philosophique fondé sur l'idée que l'existence est un pentagone : naissance, croissance, maturité, vieillesse et mort.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Robert Altman était un cinéaste éclectique et iconoclaste, personne n’en disconviendra. Malgré tout, le voir aborder le genre de la science-fiction à l’aube des années 80 est quand même une réelle surprise. Ayant toujours montré un caractère indépendant, Altman avait mal vécu son expérience aux côtés du producteur italien Dino De Laurentiis lors de sa première collaboration avec Paul Newman sur "Buffalo Bill et les Indiens", où il avait dû remplacer au pied levé George Roy Hill, le réalisateur fétiche de Newman. Le film fut un échec commercial. Aussitôt après, Altman fonda sa propre société de production (Lions Gate) pour monter les projets qui lui tenaient à cœur comme "3 femmes" ou "Un mariage". Ces deux films furent confidentiels, mais reconnus comme deux réussites sur le plan artistique.

Encouragé par ces deux succès d’estime, Altman se lança, encore une fois avec Newman, dans cette fable apocalyptique qui imagine l’homme devenu prisonnier des glaces qui ont recouvert la Terre. Comme si, après avoir été maltraitée pendant des siècles par l’homme qui l’avait reçue en cadeau, la nature sauvage retrouvait son état originel. Choix aujourd'hui paradoxal si l'on songe que l’homme du XXIe siècle redoute plus que tout le réchauffement climatique. Le train enseveli sous la neige vu au début du film expose clairement ce qui est en train de se passer. L’homme qui n'a pas su être raisonnable va finir enseveli avec toutes ses créations, la glace qui fige tout va l'empêcher de se déplacer comme il l’a fait tout au long de son existence pour aller polluer le moindre recoin de la planète. Opportunément, Altman profita des décors encore en place de l’exposition universelle de Montréal de 1967, qui lui fournit des bâtiments futuristes crédibles.

Devant cette fin qui semble inéluctable, la plupart des rares survivants attendent sereinement l'accomplissement de leur destin, mais quelques autres, comme pour faire un dernier pied de nez au courroux de la nature, ont inventé un jeu, le Quintet, dont le seul gain pour ses participants est de rester en vie comme si cela avait encore un sens. Essex (Paul Newman), qui remonte du Sud où les derniers phoques viennent de disparaître, tombe en pleine partie. Altman, qui a écrit le film, tente d'y introduire une pseudo enquête pour agrémenter son scénario qui semble tout aussi gelé que ses personnages à l’écran. Voulant aller délibérément à rebours de la trame traditionnelle du film de science-fiction apocalyptique qui se construit souvent autour de la lutte pour la survie, Altman se trouve un peu démuni pour trouver les ressorts dramatiques pouvant susciter l’intérêt du spectateur.

Malgré cette anémie dramatique, on peut se laisser envoûter par les décors grandioses et étranges magnifiquement filmés par le chef-opérateur français Jean Boffety.

Si le message écologique est parfaitement clair, ramenant l’homme à sa condition de simple élément face à une nature plus forte que tout, on peut regretter qu’Altman n’ait pas mieux utilisé le casting international (Brigitte Fossey, Vittorio Gassman, Fernando Rey, Bibi Andersson) qui était à sa disposition.

Bien sûr, le film fût un échec entraînant le réalisateur dans un trou d’air qui dura toute la décennie des années 80 et dont il sortira grâce au succès de "The Player", thriller cynique se déroulant dans le monde du cinéma. Sacré Altman, il nous surprendra toujours !

Très rare, "Quintet" vient d'être édité en DVD.

Quintet - affiche française
Affiche française de "Quintet" © René Ferracci

Quintet - générique