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"Les yeux de Satan"

Une pension pas si catholique...

titre original "Child's play"
année de production 1972
réalisation Sidney Lumet
musique Michael Small
interprétation James Mason, Beau Bridges, Robert Preston

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Échec financier aux USA (c'est la raison pour laquelle il n'a pas été distribué en France), "Les yeux de Satan" n'en est pas moins un remarquable film d'ambiance, manipulant avec art chez le spectateur les sentiments de doute, d'angoisse, de terreur devant la menace ambiante. Situé à mi-chemin entre "Les disparus de Saint-Agil" et "If", "Les yeux de Satan" est l'une de ces œuvres où l'on dynamite de l'intérieur un univers clos, bien rôdé, sensé rassurer contre l'irrationnel. Irrationnel qui semble l'emporter, mais le mal qui envahit cette école catholique ne vient-il pas du cœur de certains de ceux qui y étudient ou y travaillent ?

La critique de Didier Koch

Si la carrière de Sidney Lumet, forte de 45 films sur cinquante ans, aura surtout brillé à travers les films policiers ou de procès dénonçant la corruption qui minent les institutions régaliennes de l'Amérique, elle aura aussi été marquée par un éclectisme limité, qui aura vu l'intellectuel qu'était le grand réalisateur s'aventurer avec prudence dans des domaines qu'il jugeait un peu trop éloigné de son terrain de jeu favori. C'est le cas avec "Les yeux de Satan", adapté d'une pièce de théâtre de Robert Marasco.

Un collège religieux réputé voit revenir comme professeur de culture physique l'un de ses anciens élèves (Beau Bridges). Celui-ci ne tarde pas à constater que règne une ambiance des plus délétères au sein de l'établissement, prenant corps à travers la rivalité qui oppose deux professeurs au sujet de la discipline à appliquer. Les élèves, sans aucune explication rationnelle, deviennent violents les uns envers les autres. Le phénomène ne fait qu'empirer, exacerbant un peu plus tous les jours le différent entre les enseignants Jerome Malley (James Mason) et  Joseph Dobbs (Robert Preston).

Le contexte plutôt bien amené laisse présager une montée en tension, que Sidney Lumet s'évertue pourtant à contenir, ne souhaitant pas mettre l'accent plus que nécessaire sur des phénomènes surnaturels, mais plutôt laisser deviner les pulsions homosexuelles refoulées qui taraudent les deux hommes et ne sont pas étrangères aux troubles comportementaux des élèves. L'attitude de Joseph Dobbs, quand il présente l'établissement à Paul Reis revenu après dix ans, est sans équivoque sur le sujet.

Lumet, sans doute au détriment des canons du genre, qui exigent quelques retournements spectaculaires qui débouchent sur l'exposition de tout un décorum fantastique, se concentre à démontrer, avec la perspicacité qu'on lui connait, les failles d'un système qui refuse la mixité. La tension est palpable grâce à l'affrontement, tout à la fois violent et policé, que se livrent un James Mason comme toujours parfait et un Robert Preston remplaçant Marlon Brando initialement prévu, mais qui préféra se désister plutôt que de laisser la part belle à James Mason. C'est ce parti pris qui rend aujourd'hui le film très original, mais surtout prémonitoire, car en lien avec tous les scandales qui frappent à retardement les institutions religieuses chrétiennes.

Quelques faiblesses sont malgré tout présentes, qui ne peuvent permettre de placer le film en très bonne place au sein de la filmographie prestigieuse de Lumet, notamment la prestation de Beau Bridges et le manque de crédibilité  des scènes de violence entre les collégiens. Mais, comme on peut le constater encore une fois, aucun film de Sidney Lumet n'est dénué d'intérêt.