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"Les valeurs de la famille Addams"

titre original "Addams family values"
année de production 1993
réalisation Barry Sonnenfeld
interprétation Anjelica Huston, Raúl Juliá, Christopher Lloyd, Joan Cusack, Christina Ricci, Tony Shalhoub, Christopher Hart
 
épisode précédent "La famille Addams", Barry Sonnenfeld, 1991

La critique de Sébastien Miguel

La petite Mercredi, grimée en Pocahontas, refuse de rompre le pain avec les colons assassins. Dans la représentation d’opérette, elle change le texte et lance : « Vous avez volé notre terre et l’homme blanc nous a obligé à vivre dans des bidonvilles et des réserves atroces ! ». Les faux indiens ne tarderont pas à mettre à feu et à sang le camp américain, camp aryen symbole d’une Américaine débile et boursoufflée de suffisance. On pense, à travers cette séquence désopilante, au grandiose "Non toccare la donna bianca" de Marco Ferreri !

Impitoyable dénonciation des valeurs morales américaines, "Les valeurs de la famille Addams" tire à boulet rouge avec une férocité jubilatoire. L’hilarante descente dans un camp de redressement donne lieu à des séquences d’une méchanceté peu communes dans le cinéma américain des années 90. Conditionnement de jeunes filles, lobotomisation par des produits de consommation de masse (Disney, comédies musicales, Michael Jackson…) : le regard est outrancièrement caricatural et, paradoxalement, d’une incroyable justesse. Les gags s’enchaînent sur un rythme effréné et certains sont franchement hilarants (le bébé déguisé en aristocrate et passé à la guillotine par le tribunal du peuple…).

L’autre partie du film - les manipulations d’une odieuse veuve noire - est moins satirique, mais affiche une telle misogynie qu’on reste quand même stupéfait par les audaces de Sonnenfeld et de ses scénaristes, l’abattage impressionnant de Joan Cusack rendant l’itinéraire de Debbie particulièrement comique.

Excentriques et forcement voués à vivre dans l’isolement, les Addams apparaissent plus humains et plus attachants que les crétins malfaisants qui les entourent.

Bien supérieur au premier volet (pourtant réussi), le film est complètement oublié aujourd’hui. Bloqué pour de sombres histoires de droits, il n’est même pas disponible en France. Ce deuxième volet est, tout de même, devenu ‘culte’ dans les cercles isolés des excentriques cinéphiles.