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"Les Transformers : le film"

La guerre des robots

titre original "The Transformers: The Movie"
année de production 1986
réalisation Nelson Shin
scénario d'après la série télévisée d'animation américaine homonyme (1984-1987)
voix Orson Welles, Scatman Crothers, Leonard Nimoy

La critique de Sébastien Miguel

Des jouets hideux se massacrent dans un déluge d’images baveuses à la colorimétrie infâme, la chanson culte de Stan Bush synthétisant, à elle seule, l’épouvantable esthétique eighties. Même les fans des petits robots vomirent cet excrément animé.

En 1985, Orson Welles est ruiné et malade. Il apparaît ivre sur le tournage d’un spot publicitaire, cite Shakespeare pour vanter les mérites d’une grosse photocopieuse Nashua et finit par claquer la porte lors d’une séance d’enregistrement pour des petits pois surgelés. Le rêve de sa vie (filmer son adaptation du "Roi Lear") vient de s'effondrer. TF1 se retire du projet, suivi du ministre de la culture Jack Lang. De retour à Hollywood, Welles accepte un petit job dans un film d'animation : "Les Transformers, le film". Le génie universel se fout totalement de son rôle : il arrive régulièrement en retard aux séances d’enregistrement et ne fait aucun effort pour incarner le mangeur de planètes Unicron. En désespoir de cause, Nelson Shin déforme informatiquement la voix du monstre en accentuant les graves, en ralentissant la diction...

Le 9 octobre 1985, Orson Welles participe au Merv Griffin Show, l’un des premiers talkshows de la télévision américaine. L’artiste y déclare qu’il n’aime pas les anniversaires, car le gâteau finit toujours par ressembler à l’incendie de Chicago ! Il évoque le professionnalisme et l’amitié inoxydable de Marlene Dietrich, et parle de Rita Hayworth, de son gipsy blood et de sa beauté flamboyante. Dans la nuit, il meurt d’un malaise cardiaque dans sa maison de Hollywood, seul devant sa machine à écrire.

Cet ultime rôle de Welles s'inscrit parfaitement dans une longue liste de déments psychopathes à forte tendance mégalomaniaque : la folie, la surpuissance, la mégalomanie d’Unicron rejoignent sans peine celles des monstres interprétés précédemment par l’acteur du "Troisième homme" - on pense à Bayan, le tyran de "La rose noire" (Henry Hathaway, 1950), ou à Burundai, le despote sadique des "Tartares" (Richard Thorpe, 1961).

Que Welles, fasciné par la figure du Malin depuis "Bright Lucifer", finisse sa carrière (et sa vie) en interprétant Satan dans un navet est peut-être révélateur de la malédiction dont était victime le cinéaste de "Macbeth". Unicron, avec ses cornes lucifériennes et sa volonté de puissance, fascine pourtant. Sa taille monstrueuse, sa voix d’outre-tombe, sa volonté délirante de régir l’univers. Dans les déchirements ultimes de la chair d’Unicron, Orson Welles achèvera son parcours en lançant le théâtral : « Destiny, you cannot destroy my destiny! », vague réplique shakespearienne prononcée avec emphase, mais qui se perdra inexorablement dans le néant infini.