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"Les complices de la dernière chance"

titre original "The last run"
année de production 1972
réalisation Richard Fleischer
musique Jerry Goldsmith
interprétation George C. Scott

La critique de Didier Koch

En 1971 et 1972, Richard Fleischer enchaîne deux films policiers avec George C. Scott. Ce dernier sort tout juste de son rôle de Patton, pour lequel il a été oscarisé, et c’est en toute humilité qu’il se lance dans cette production modeste, d'abord prévue pour John Huston qui officie aussi au scénario.

Mais les réécritures permanentes de Huston finissent par lasser Scott. C'est finalement Fleischer qui vient à la rescousse du projet, après avoir subi un échec commercial cuisant avec "Tora! Tora! Tora!", la grandiose et pompeuse production de la Fox relatant la catastrophe de Pearl Harbor. C’est la forte personnalité de George C. Scott qui semble avoir beaucoup intéressé Fleischer, à travers ce film policier à l’intrigue assez standard d’un ancien homme de main tiré de sa retraite pour une dernière mission.

Derrière la cuirasse de ce visage buriné se cache la détresse d’un homme qui a tout perdu avec la mort de son fils et le départ de sa femme. La vacuité de son existence oblige Harry Gaimes à reprendre son activité pour se prouver qu’il est encore vivant. C’est du Portugal où il est venu s’échouer qu’il s’élancera dans sa BMW modèle 1957 pour délivrer un jeune détenu fou de la gâchette qui l’obligera à récupérer sa compagne au passage.

Malgré le choc initial des générations et des tempéraments, l’ancien malfrat va progressivement se laisser apprivoiser par le jeune couple de desperados. Un moment même, au détour d'une nuit d'amour avec la jeune fuyarde, Harry retrouvera un léger goût pour l’avenir. C’est dans les décors magnifiques de l’Algarve que Fleischer nous emmène pour ce film nostalgique sur le temps qui passe, dont l’intrigue policière passe finalement au second plan, au profit du portrait d’un homme encore dans la force de l’âge qui ne peut plus regarder devant lui.

Le film au rythme assez lent, qui prend le temps d’installer chacune des scènes, décevra sans doute ceux qui sont des adeptes des coups de feu, même si certaines poursuites en voiture sont bien dans la tradition du polar américain. Au passage, Scott aura été récompensé de son choix, puisqu’il aura trouvé avec Trish Van Devere l’épouse qui l’accompagnera jusqu’à son dernier souffle.

Fleischer, quant à lui, aura démontré, une fois de plus, qu’il était à l’aise avec tous les genres et tous les budgets, sachant imprimer un ton personnel à une filmographie qui l'assimile le plus souvent à un bon faiseur.