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"Les Arnaqueurs"

titre original "The Grifters"
année de production 1990
réalisation Stephen Frears
scénario Donald E. Westlake, d'après le roman éponyme de Jim Thompson (1963)
photographie Oliver Stapleton
musique Elmer Bernstein
interprétation John Cusack, Anjelica Huston, Annette Bening, Pat Hingle
récompense Prix Edgar Allan Poe pour Donald E. Westlake

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un film qui fait froid dans le dos. On regarde avec une fascination mêlée de dégoût ces personnages qui s'entre-déchirent pour de l'argent. Roy est un être falot pris entre les griffes de deux femmes superbes et vénéneuses : Lilly, la mère possessive, amoureuse de son fils, et Myra, la jeune rivale qui veut l'en déposséder. Les deux actrices sont absolument remarquables. Mais ce qui retient surtout l'attention, c'est la perfection, l'élégance, la sobriété et l'efficacité d'une mise en scène précise. Il fallait tout le talent de Stephen Frears pour faire accéder ce thriller au niveau de la tragédie. Un vrai film noir qui hante longtemps l'esprit après sa vision.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Dangereuses liaisons : un trio infernal (dont un "couple" mère-fils peut-être incestueux) dans un monde sordide et sans pitié. Passant de Laclos à Jim Thompson, Stephen Frears évoque avec bonheur l'univers trouble et désespéré de celui-ci. La scène de la "punition" d'Anjelica Huston par Pat Hingle fait preuve d'un sadisme cool qui donne froid dans le dos.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Depuis cinquante ans qu'il est apparu dans le paysage du cinéma anglais avec le court-métrage "The Burning" (1968), Stephen Frears est devenu un réalisateur important, qui a su mener à parts égales sa carrière dans son pays et à Hollywood. Ses contemporains comme Mike Leigh et Ken Loach, qui ont nourri leur cinéma de thèmes sociaux, sont naturellement restés en Angleterre, alors que d'autres comme les frères Scott, Alan Parker, Adrian Lyne ou Hugh Hudson, venus du monde de la publicité, sont passés avec armes et bagages de l'autre côté de l'Atlantique. En ce sens, Frears constitue un exemple assez rare d'une volonté d'enrichir son art de deux cultures cinématographiques et de deux modes de production différents.

En adaptant de manière résolument provocante "Les liaisons dangereuses", le roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos, il se fait remarquer en remportant en 1990 le César du meilleur film étranger et en décrochant plusieurs nominations aux Oscars. Deux ans plus tard, il plonge hardiment dans l'univers noir de Jim Thompson avec "Les Arnaqueurs", inspiré d'un de ses romans. Contacté par Martin Scorsese à l'initiative du projet, Frears, secondé par l'écrivain et scénariste Donald E. Westlake, fera preuve de la même audace que pour "Les liaisons dangereuses", se livrant à un exercice de style jubilatoire tout à fait dans la tonalité des thrillers sulfureux et photogéniques de l'époque qui, s'il s'avère au final un peu vain, se laisse voir avec le plus grand plaisir.

Cette chevauchée morbide d'un fils (John Cusack) et de sa mère (Anjelica Huston), tous les deux arnaqueurs professionnels, marqués de très près par une jeune confrère (Annette Bening) tout aussi vénale, se déroule sur un fond incestueux larvé qui mènera jusqu'à une acmé finale qui vaut son pesant de frissons. L'esthétique très soignée (photographie d'Oliver Stapleton et musique d'Elmer Bernstein), portée par trois acteurs complètement en phase avec le réalisateur, compense largement une légère paresse narrative qui privilégie les scènes chocs à une progression vraiment captivante. Le film devenu culte a d'ailleurs bâti sa flatteuse réputation à partir de son ambiance érotique et du cynisme assumé de ses personnages.

Amusante coïncidence

Les trois personnages principaux du film se nomment respectivement Roy, Lilly et miss Langtry. Or, dans le film "Juge et hors-la-loi" de John Huston, le père de l'actrice Anjelica qui interprète Lilly chez Frears, le juge Roy Bean est amoureux de la grande actrice britannique Lillie Langtry. Pure coïncidence, puisqu'en réalité, les personnages du film de Frears, en particulier Roy et Lilly, ont conservé les noms qu'ils ont déjà dans le roman de Thompson.