Menu Fermer

"Le Terminal"

titre original "The Terminal"
année de production 2004
réalisation Steven Spielberg
photographie Janusz Kaminski
montage Michael Kahn
musique John Williams
décors Alex McDowell
interprétation Tom Hanks, Catherine Zeta-Jones, Stanley Tucci, Diego Luna, Zoe Saldana,
Michael Nouri

La critique de Sébastien Miguel

Deuxième adaptation cinématographique (après celle de Philippe Lioret *) des mésaventures de Mehran Karimi Nasseri.

Spielberg cite Kafka, Tati, Capra. La mise en scène, toujours à la recherche de mouvements de caméra ou de cadrages signifiants, est d’une virtuosité éblouissante et semble toujours servir intelligemment la moindre scène, le moindre dialogue. On retrouve, avec un vrai bonheur, l’exceptionnel conteur qui apparaît finalement plus à l’aise dans l’apparente légèreté de ses comédies divertissantes que dans ses longs pensums révisionnistes…

Devant l’impossibilité de tourner à l’intérieur du véritable aéroport JFK, Alex McDowell et son équipe mirent en place l’un des plus stupéfiants décors de cinéma : une réplique du hall de l’aéroport international de Düsseldorf. L’hyperréalisme de ce décorum gigantesque n’est pas sans rappeler la cité glacée du "Playtime" de Jacques Tati.

Comme chez Frank Capra, les étrangers, les petits et les oubliés ont leur fonctionnement propre et emportent toujours la sympathie du spectateur. Tom Hanks est juste idéal en expatrié tendre et maladroit, et l’ensemble du casting brille par sa grande justesse (Stanley Tucci en fonctionnaire zélé et Diego Luna en hispanique amoureux).

Catherine Zeta-Jones est ravissante en petite hôtesse et rappelle brillamment la naïveté des héroïnes des années 30. Zoe Saldana brille aussi en femme en uniforme au cœur d’artichaut.

Le rythme est trépidant, les gags sont drôles mais souvent impitoyables (la brute engagée en catastrophe pour empêcher le héros de s’acheter à manger au Burger King !). Rarement le cinéaste aura dénoncé aussi intelligemment les terribles contradictions de son pays, le rêve américain de Viktor apparaissant en reflet sur les portes vitrées d’un gigantesque camp d’emprisonnement.

Williams se fait discret et goguenard, et la photo de Janusz Kaminski est une merveille recherchant toujours la poésie à l’intérieur de ce cauchemar kafkaïen.

Ode à la débrouillardise des minuscules toujours menacés d’écrasement et magnifique hymne à la fraternité humaine, "Le Terminal" s’impose comme l’un des plus remarquables films de son auteur.

* "Tombés du ciel", 1993, France

Photos de tournage