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"Le Quatuor"

titre original "A late quartet"
année de production 2012
réalisation Yaron Zilberman
scénario Yaron Zilberman
musique Angelo Badalamenti
interprétation Christopher Walken, Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Mark Ivanir

La critique de Didier Koch

Connu pour son film documentaire "Watermarks" (2004) qui s'intéressait au destin des nageuses juives du club de l'Hakoah de Vienne, obligées de s'exiler suite à l'annexion de l'Autriche par Hitler, Yaron Zilberman s'intéresse, pour son deuxième film qui est une fiction, à un quatuor à cordes confronté à la démission contrainte du plus ancien (Christopher Walken), violoncelliste atteint par la maladie de Parkinson.

La musique classique est une mécanique d'horlogerie, ce que beaucoup d'entre nous ignorent ou oublient. C'est justement alors qu'ils répètent le quatuor à cordes, op. 131, de Beethoven en vue de leur prochain concert que la rupture intervient par l'annonce de la maladie de Peter. Le propos de Yaron Zilberman vise à démontrer que l'accord parfait entre quatre virtuoses est une longue construction qui reste en permanence fragile et que la moindre fêlure peut venir ébranler. L'équilibre, qui reposait en partie sur l'autorité du plus ancien sur les trois autres membres, tous de la même génération, est brutalement rompu, et toutes les frustrations accumulées pendant tant d'années de sacrifices et de compromis au nom de la perfection recherchée pour l'exécution de leur art ressurgissent brutalement.

Pour illustrer cette déconfiture, Zilberman n'y va pas avec le dos de la cuillère, nous servant tous les clichés du mélodrame amoureux frisant même parfois le vaudeville (la relation entre Daniel, le soliste, et Alexandra, la fille des deux autres seconds violons, complètement artificielle). Cette facilité un peu racoleuse, sans doute voulue pour tendre à une vague imitation de l'univers de Woody Allen (le film se passe à New York), n'a pas apporté que des amis à Yaron Zilberman du côté de la critique professionnelle. C'est dommage, car si l'on surmonte ce substrat un peu confectionné à la guimauve, on peut s'intéresser à cette plongée dans les dessous d'un monde méconnu, où l'art porté à ce niveau de perfection est un vrai sacerdoce qui n'autorise pas beaucoup d'improvisation sur et en dehors de la scène.

Les acteurs sont bien sûr à la hauteur, et tous savent rester assez sobres pour ne pas rajouter au surplus de sentimentalisme dont n'a pas su se priver Zilberman pour des motivations que l'on devine aisément. Philip Seymour Hoffman, dans une de ses dernières interprétations, montre qu'il était arrivé à pleine maturité et que la mort est venue le frapper alors qu'il avait encore plein de choses à donner à son art.

On est passé tout près d'un très bon film.