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"Le ninja de Beverly Hills"

titre original "Beverly Hills ninja"
année de production 1997
réalisation Dennis Dugan

La critique de Sébastien Miguel

« Les études sur le cinéma engendrent des professeurs et des étudiants, les universitaires du cinéma prolifèrent et leur influence néfaste s’étend. (…) La prolifération des jargons socio-esthétiques fournit un beau paravent pour dissimuler le vide intégral, la futilité ou la sottise. » John Ford de Lindsay Anderson, Ramsey Poche Cinéma, 1994

La conception générique de l’œuvre d’art permet, par les systèmes qu’elle met en place, de mentionner des repères qui facilitent une certaine forme de déchiffrage. Mais le système n’a pas grand-chose à voir avec l’objectivité. Il résiste, en tant que tel, aux faiseurs qui ne l’engagent à aucun asservissement, il s’émancipe, il vit et sévit, rayonne et prolifère. Mais aucunement, cette autonomie ne procède-t-elle d’un déterminisme. Bien sûr, il y a les modèles du genre, les grilles d’élaborations générant leurs codes de lecture... Il y a, au cinéma, une référence générique dans quasi tous les films de ninja.

A défaut d’histoire ou de récit, le spectateur en appelle aux fragments d’une expérience minimale commune entre lui et le système générique auquel le film de ninja appartient. C’est un chemin tracé. Une familiarité qui dispose transitions, passages, et issues, là où on les attend, de manière à ne pas susciter ce sentiment d’enfermement à l’intérieur d’une étrangeté menaçante, où l’image semblerait sans maître.

Et puis, il y a les recours particuliers au genre, la référence explicite, ou la simple citation, la revendication univoque ou le mélange des genres. Il y a le western fordien, le péplum hollywoodien, le thriller, le mélodrame, le film de ninja. Et puis il y a l’auteur ; le tâcheron ; le porte-parole d’une culture patrimoniale qui sublime le genre, mais ne le pratique que par procuration.

Cette question du choix paraît ainsi décisive pour un super ninja auquel les choix de vie ont été premièrement imposés de la manière la plus violente qui soit. Ici, la formation de ninja soumise aux codes rigoureux des barbares nippons. Celui qui met au monde est aussi celui qui entretient le sentiment de l’exemplarité de sa propre naissance, et du choix fondamental et emblématique qui en est à l’origine. Or, de ce ninja perdu, il ne reste plus qu’à partir en quête soi-même, de la singularité de sa naissance, retourner au nid du ninja, en somme, à la naïveté primitive d’où surgira, peut-être, la révélation de la bonne naissance, librement choisie, et explicitement identifiant, que le souvenir de la disparition précoce et inacceptable du ninja ne remettra plus en cause.

Quelle est ainsi la part commune, le dieu commun de ces ninjas aux prises, désormais, avec la perte d’identité dramatique et l’affirmation, par l’histoire, du rôle social et du lien humaniste ? Quel est l’espace du salut, l’espace de la tragédie, où chacun dispose d’une autorité dans l’évolution des destinées collectives ? Probablement un espace métaphysique qui démontre les limites de l’athéisme et de l’individualisme revendiqués.

Le Ninja est passé d’une posture platonicienne d’attention à l’individu, à l’Être unique, au personnage, à une posture augustinienne (le cheminement n’est pas sans références, puisque Saint-Augustin lui-même fut d’abord un adepte du néo-platonisme), dont la vision de l’agapè (l’amour chrétien, le lien nécessaire) a favorisé la transposition du platonisme dans l’occident médiéval. L’augustinisme du Ninja universel, c’est la mutation du personnage en une individualité dont les faiblesses et les forces ne sont plus des traits issus d’un archétype théâtral dominant, mais la conséquence d’une implication dans une relation humaniste fondée sur la réalité et la force des passions.

Les Ninjas, comme les Vampires ou les Zombies, n’ont donc pas manqué de construire leurs œuvres, au gré des évolutions, conscientes ou inconscientes, et nous livrent enfin, avec "Le ninja de Beverly Hills", le point de départ d’un engagement idéologique et métaphysique qui pourrait se lire comme le préalable à une conversion.