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"La forme de l'eau"

titre original "The shape of water"
année de production 2017
réalisation Guillermo del Toro
scénario Guillermo del Toro
photographie Dan Laustsen
musique Alexandre Desplat
interprétation Sally Hawkins, Michael Shannon, Doug Jones
récompenses • Oscar du meilleur film
• Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar de la meilleure musique de film
• Oscar des meilleurs décors
• Lion d'or au festival international du film de Venise 2017

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Guillermo del Toro, dont les deux derniers films, hommages aux films de kaiju japonais ("Pacific rim" en 2013) et aux films d'épouvante gothique de la Hammer ("Crimson Peak" en 2015), n'ont pas eu le succès critique escompté, replonge dans l'univers poétique et onirique qui avait tant plu lors de la sortie du "Labyrinthe de Pan" en 2006.

Son cinéma étant essentiellement référentiel comme celui de Tarantino, "La forme de l'eau" ne fait pas exception à la règle. Ce sont "L'étrange créature du lac noir" de Jack Arnold (1954), le mythe de la Belle et la Bête, mais aussi une introduction directement inspirée de l'univers visuel d'"Amélie Poulain" qui sont cette fois-ci proposés au spectateur. Selon que l'on soit réceptif ou non à cette évocation fantasmée de l'Amérique des années 1960, on pourra apprécier diversement une histoire d'amour qui, sur fond de Guerre Froide devenue paranoïaque, fait l'éloge de la différence. En se saisissant d'un des thèmes actuels les plus sensibles qui agitent les esprits au sein des sociétés démocratiques occidentales en perte de repères face à la mondialisation qui devient chaque jour plus tangible, del Toro fait le lien avec la triste époque de la Guerre Froide pour nous rappeler que, de tous temps, l'homme a été saisi par la peur face à ce qu'il ne connait pas, son premier réflexe étant de détruire.

Elisa (Sally Hawkins), jeune fille muette trouvée à sa naissance dans une rivière (allusion à Moïse ?), est femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental de Baltimore où se trouve un humanoïde amphibien ramené d'Amérique du Sud, devenu objet de convoitise entre les deux puissances en conflit larvé. Le contexte posé, Del Toro déroule une intrigue invraisemblable, prétexte à laisser libre champ à l'étrange histoire d'amour qui va unir deux êtres rejetés aux marges de la société et à sa démonstration sur le refus de l'intégration des minorités (le protecteur d'Elisa (Richard Jenkins) est homosexuel et sa meilleure amie est noire (Octavia Spencer).

Curieuse impression ressentie, donc, que celle du féérique imbriqué dans un milieu social et historique tourmenté. Vient s'ajouter, avec le cruel colonel Strickland (Michael Shannon) en charge de l'étude de l'humanoïde (Doug Jones), un méchant un peu caricatural.

On l'aura compris, l'ensemble est un peu bancal, et il faut toute la grâce de la très expressive Sally Hawkins, qui a déjà fait ses preuves chez Mike Leigh et Woody Allen, pour finir par nous emporter dans ce conte qui n'en n'est pas vraiment un, et auquel del Toro veut faire dire trop de choses en sous-texte qui s'avèrent au final très banales et terriblement consensuelles.

Cible atteinte malgré tout, le film récoltant deux Oscars majeurs et assurant un très solide box-office, mais aussi une occasion un peu manquée de retrouver la magie qui entourait les premières créations du réalisateur mexicain.