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"La famille Tenenbaum"

titre original "The royal Tenenbaums"
année de production 2001
réalisation Wes Anderson
scénario Wes Anderson et Owen Wilson
interprétation Gene Hackman, Anjelica Huston, Ben Stiller, Gwyneth Paltrow, Owen Wilson,
Bill Murray, Danny Glover, Alec Baldwin

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Une comédie douce-amère, satire du rêve américain, que Wes Anderson filme de façon très personnelle.

La critique de Didier Koch

C'est sans aucun doute avec "La famille Tenenbaum" que Wes Anderson, le doux "rêveur mécanique", met en place sa petite machinerie qui nous immerge dans des univers directement inspirés d'une imagerie enfantine que le réalisateur a choisi comme marque de fabrique de  son cinéma. Wes Anderson, c'est un peu comme un Tim Burton qui ne serait jamais sorti de sa chambre.

Pour son troisième long métrage, il collabore une dernière fois avec Owen Wilson pour l'écriture de son scénario, remplacé depuis par Noah Baumbach, puis Roman Coppola. Dans la famille Tenenbaum, comme chez tous les héros d'Anderson, on refuse de sortir de l'enfance ou tout simplement d'assumer ses responsabilités d'adultes. Royal le père (Gene Hackman) en est le plus bel exemple, irresponsable parfait toujours en manque d'argent cherchant à renouer avec sa famille lâchement abandonnée pour aller courir le monde. Le subterfuge de la maladie incurable ne tient pas longtemps, et les vieilles rancœurs finissent par remonter à la surface. Mais Wes Anderson n'est pas John Cassavetes, et tous les conflits sont abordés sur le ton de la dérision ou du gag. Car dans la famille Tenenbaum, où seule Etheline, la mère (Anjelica Huston), a les pieds réellement sur terre, on enfante des surdoués qui, comme chacun le sait, ont des vies affectives perturbées.

Le tableau d'ensemble nous a été détaillé par le menu en introduction par le réalisateur un peu à la manière d'une petite fille qui présenterait à ses copines les habitants de sa maison de poupée. Tout le reste du film n'est que suite de variations drolatiques autour des bizarreries des éléments de la fratrie. Anderson, parfaitement à l'aise dans son décor, joue avec brio à la dînette mais un peu en égoïste, oubliant parfois de nous intégrer à ses occupations qui deviennent à la longue un peu répétitives. C'est le problème des cinéastes virtuoses qui véhiculent un univers qui leur est propre comme Jean-Pierre Jeunet, Tim Burton, Michel Gondry ou ici Wes Anderson. Une fois l'effet de surprise des premiers films vus passé, ne restent avec eux que les spectateurs véritablement connectés.

Heureusement, le jeune réalisateur a eu l'idée d'attirer à lui Gene Hackman pour une de ses dernières apparitions à l'écran, l'acteur ayant annoncé sa retraite en 2004. Le vieux routier encore en pleine forme, qui en a vu d'autres chez les Friedkin, Penn, Pollack ou Eastwood, se montre un parfait garnement, marchant allègrement sur les bibelots rangés avec soin par Anderson et apportant un vent de folie complètement rafraîchissant à ce portrait de famille au final un peu compassé, malgré ou peut-être à cause de ses trouvailles visuelles.