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"Happy accidents"

titre original "Happy accidents"
année de production 2000
réalisation Brad Anderson
scénario Brad Anderson
interprétation Marisa Tomei, Vincent D'Onofrio

La critique de Didier Koch

Brad Anderson est un cinéaste intéressant mais relativement confidentiel qui, malgré des collaborations avec Philip Seymour Hoffman, Christian Bale ("The Machinist") ou plus récemment Halle Berry ("The Call", 2013), n'est jamais parvenu à décrocher la reconnaissance publique de ses travaux. Sans doute parce qu'il a travaillé avec ces stars avant qu'elles accèdent au firmament de la popularité, ou parce qu'elles traversaient un creux de popularité.

Cette jolie comédie romantique, qui tente avec hardiesse la combinaison incertaine avec le genre fantastique comme l'avait fait Jerry Zucker en 1990 avec "Ghost", est une véritable réussite qui aurait mérité une plus large exposition médiatique. Pour le volet fantastique de son récit, Anderson fait appel au fameux voyage dans le temps qui a déjà fait ses preuves avec "Peggy Sue s'est mariée" ou avec la saga "Retour vers le futur".

L'innovation de Brad Anderson est de ne pas user des arabesques intellectuelles auxquelles se prête le voyage temporel. Le jeu peut être dangereux si le scénariste s'emmêle les pinceaux, finissant par entraîner les spectateurs avec lui. Ce qui intéresse en réalité Anderson, c'est la relation entre Ruby (Marisa Tomei), jeune trentenaire à la recherche de l'âme sœur après avoir accumulé les expériences sans lendemain, et Sam (Vincent D'Onofrio), venu de l'an 2470 pour rencontrer celle dont il est tombé amoureux après l'avoir vue sur une vieille photo.

Tout le propos du film tourne autour de la question qui se pose à nous de savoir quelle serait notre réaction face à celui ou celle qui au début d'une relation amoureuse nous ferait la révélation de venir de près de 500 ans dans le futur. Pour sûr que, comme Ruby, nous éclaterions de rire, probable que nous ferions aussi durer un peu le plaisir pour voir jusqu'où notre partenaire mythomane ira dans ce que l'on peut prendre d'abord pour un jeu de séduction. Mais qu'en sera-t-il quand le jeu se transformera en fait acquis, nous obligeant à vivre en permanence sur un mode décalé ?

Ce sont toutes ces phases qu'Anderson décrit de la manière la plus charmante qui soit, aidé par une Marisa Tomei craquante à souhait, pour laquelle on serait prêt à tous les mensonges rien que pour l'attendrir un instant. Quant à Vincent D'Onofrio, il possède l'énergie nécessaire pour rattraper au vol la jolie Ruby à chaque fois qu'elle bute devant l'obstacle (on la comprend).

Le film est bien sûr complètement structuré autour des dialogues comme chez Woody Allen, Anderson ayant refusé, on l'a dit plus haut, les artefacts visuels que lui proposait les allers-retours dans le temps. C'était un pari osé, qui pouvait désorienter puis finir par lasser, mais les relances comiques sont suffisamment nombreuses pour nous accrocher et les acteurs sont formidables. "Happy accidents" est donc chaudement recommandable.