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"Gone girl"

titre original "Gone girl"
année de production 2014
réalisation David Fincher
scénario Gillian Flynn, d'après son propre roman
photographie Jeff Cronenweth
interprétation Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris

La critique de Didier Koch

Chaque film (dix au total depuis 1992) de David Fincher constitue un évènement à sa sortie. "Gone girl" n'a pas dérogé à la règle, réussite commerciale autant que critique.

Souvent comparé à ses débuts à Ridley Scott pour son cinéma essentiellement visuel né de son passé de réalisateur de vidéo clips, Fincher s'en écarte un peu depuis "Zodiac", s'appuyant sur un classicisme mettant davantage l'intrigue et le sous-texte en avant. Nous sommes dans un thriller, genre de prédilection du réalisateur, tiré du roman éponyme de Gillian Flynn dont elle a écrit elle-même le scénario.

Derrière une intrigue assez classique qui vaut surtout pour ses retournements complets de point de vue, Fincher se livre à une charge très acide contre les médias de son pays. Les méandres sinueuses de l'enquête quant à la disparition d'Amy (Rosamund Pike), la femme de Nicolas Dunne (Ben Affleck), le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, sont clairement dessinées par les médias qui, devant cet épais mystère, influent directement sur son déroulement.

Fincher démontre que selon l'attitude de Nicolas face à la caméra lors des interviews nombreuses générées par cette affaire qui passionne les foules, la police orientera ses pistes dans une direction ou une autre révélant ainsi son incapacité à travailler sereinement. Billy Wilder, dans un autre décor et sur un autre prétexte, avait lui aussi dénoncé l'impudeur et le cynisme des médias avec "Le gouffre aux chimères" (1951).

Le couple modèle montré dans les flashbacks introductifs s'avère vite insupportable par l'autosatisfaction que procure au deux protagonistes leur amour soi-disant unique, et Fincher s'y prend à merveille pour insinuer le doute sur cette construction forcément artificielle. On sait d'emblée que derrière la façade rose bonbon de ce bonheur, tapie dans une villa ultra chic mais sans âme, se cache une réalité plus complexe et moins idyllique. La disparition d'Amy va nous y plonger en révélant progressivement la véritable nature de leur relation. Ben, déboussolé par le déferlement médiatique, est en permanence appelé à la rébellion par sa sœur jumelle, qui tient le bar du village où lui et sa femme se sont retirés suite à la perte de leur job new-yorkais.

Ben Affleck, dont on ne cesse de louer le virage à 360 degrés qu'il a su donner à sa carrière, est parfait dans ce rôle qui demande tout à la fois du charisme, mais aussi une dose certaine de fatuité. Pour son premier grand rôle qui ne devrait pas la mener très loin de l'Oscar, Rosamund Pike rejoint d'emblée les grandes psychopathes du thriller américain. Ce casting pas évident au départ est au diapason du cinéma un peu froid de David Fincher, qui s'est parfois perdu dans la longueur de son film aux invraisemblances un peu grossières et dont le déroulement s'avère vite prévisible pour les habitués du genre.

Un très bon cru qui ne méritait peut-être pas toutes les éloges dont la presse s'est répandu depuis sa sortie. Mais Fincher ne démontre t-il pas lui-même dans son film que l'influence des médias a parfois une portée auto-réalisatrice ?