Menu Fermer

"Éclair de lune"

titre original "Moonstruck"
année de production 1987
réalisation Norman Jewison
scénario John Shanley
photographie David Watkin
interprétation Cher, Nicolas Cage, Danny Aiello, Olympia Dukakis
récompenses • Oscar de la meilleure actrice pour Cher
• Oscar du meilleur scénario original
• Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Olympia Dukakis
• Ours d'argent du meilleur réalisateur au festival international du film de Berlin 1988

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Jewison, parfois bien lourdaud, a réussi cette fois sa peinture des milieux italiens de Brooklyn. Réussite qu'il doit surtout à Cher.

La critique de Didier Koch

Après avoir commencé sa carrière de réalisateur au début des années 1960 avec des comédies romantiques, dont une avec le couple vedette Rock Hudson-Doris Day ("Send me no flowers" en 1964), Norman Jewison est rapidement passé à des projets de plus grande envergure où il s'est confronté à des sujets plus signifiants et des acteurs à forte personnalité comme Steve McQueen ("Le Kid de Cincinnati" en 1965), Rod Steiger ("Dans la chaleur de la nuit" en 1967), James Caan ("Rollerball") ou Sylvester Stallone ("F.I.S.T.").

Norman Jewison est donc devenu un réalisateur de renom à qui l'on peut confier tout type de scénarios sans qu'il ne soit jamais dérouté par un univers qu'il lui serait étranger. Pour autant, il n'est pas parvenu à imprimer un style qui le classe parmi les plus grands. Et puis, en 1987, comme touché par la grâce, il met en scène, à partir d'un scénario de John Patrick Shanley, cette histoire située dans le quartier de Brooklyn (à New York) cher à Martin Scorsese, narrant par le menu la vie compliquée, mais toujours empreinte d'une grande tendresse, de ces familles d'immigrés italiens vivant à plusieurs générations sous le même toit pour être sûres que l'âme du pays restera toujours vivace.

Le poids des traditions est quelquefois pesant pour Loretta Castorini (Cher) au sein de la Grosse Pomme. Paradoxalement, c'est elle qui demande à son père un mariage en grande pompes pour effacer le souvenir d'une première union achevée rapidement par un veuvage. Sans passion, elle a en effet décidé de céder aux avances répétées de Johnny Cammareri (Danny Aiello), courtisan au long cours. Mais la pleine lune décide tout à coup de faire de la résistance et réveille ainsi l'instinct amoureux de toute la communauté gravitant autour de la maison des Castorini. La vie de Loretta va être bouleversée par sa rencontre avec Rony (Nicolas Cage), le jeune frère de Johnny parti veiller sa mère mourante à Palerme un mois avant la cérémonie. Pendant ce cours instant où la pleine lune ne veut pas quitter Brooklyn, les vies de chacun vont être chahutées et les petits secrets soigneusement dissimulés vont se révéler. Mais l'esprit de famille italien restera le plus fort pour faire rentrer les choses dans le bon ordre.

On le sait, Hollywood excelle dans ce genre spécifique de la comédie romantique qu'elle a inventé dans les années 1940 avec Cary Grant, James Stewart, Katharine Hepburn et quelques autres pour ouvrir le bal. Norman Jewison, même s'il frise par moment le trop plein d'émotions, se pare avec dextérité des canons du genre pour délivrer une romance qui lui apportera un gros succès commercial et une reconnaissance critique unanime récompensée par trois Oscars (Cher, Olympia Dukakis et John Patrick Shanley).

Mais ce très charmant "Éclair de lune" doit aussi beaucoup à Nicolas Cage, Vincent Gardena, Danny Aiello, John Mahoney et Louis Guss, qui ne sont pas en reste pour donner toute son humanité au film. L'art d'en faire beaucoup sans jamais faire déborder la coupe se révèle au final un art très difficile auquel les cinéastes français s'essayent régulièrement sans beaucoup de succès, notamment ces derniers temps. Norman Jewison n'aura eu lui besoin que d'un essai pour décrocher la timbale.

Soulignons enfin la sublime photographie de David Watkin ("Les Diables" de Ken Russell, "Les chariots de feu" de Hugh Hudson, "Out of Africa" de Sydney Pollack), qui filme admirablement New York mais aussi Cher, qui n'a sans aucun doute jamais été aussi belle.

À voir et à revoir pour espérer à nouveau dans la condition humaine si imparfaite et désespérante par instants, mais aussi souvent émouvante.