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"Blood diamond"

titre original "Blood diamond"
année de production 2006
réalisation Edward Zwick
interprétation Leonardo DiCaprio, Jennifer Connelly

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un bon film d'aventures africaines, qui dénonce les liens entre l'exploitation des mines de diamants et la guerre civile en Sierra Leone. Des images d'une terrible violence : massacres, bras coupés...

La critique de Didier Koch

Edward Zwick a un statut un peu bâtard à Hollywood, semblant hésiter en permanence entre un cinéma engagé et une compromission, vécue comme un peu honteuse, aux diktats des producteurs avides de rentabilité. Les choses avaient plutôt bien commencé en 1989 avec le très prometteur "Glory", mais s’étaient rapidement gâtées avec les trop emphatiques "Légendes d’automne" (1994) et "Le dernier samouraï" (2003). Ce travers est toujours présent dans "Blood diamond", où Zwick, une fois de plus, rompt en cours de route les promesses tenues.

Ces trois films ont pour têtes d’affiche les belles gueules du moment, Tom Cruise, Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, ce qui en dit long sur l’ambiguïté du réalisateur. On est donc assez mal à l’aise à la fin de "Blood diamond", tellement il apparaît que le contexte dramatique du film que Zwick a malgré tout le mérite d’exposer au plus grand nombre, n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur le couple glamour formé par la toujours troublante Jennifer Connelly et Leonardo DiCaprio, qui cherche ici à se construire une crédibilité en héros d’aventure. Une crédibilité qui lui a jusqu’ici été contestée à cause de son visage encore poupon à plus de trente ans.

L’entame dessine assez bien le sort paradoxalement inéluctable du continent africain, condamné à l’exploitation à cause des ressources minières trop riches de son sous-sol. C’est donc sur la corruption que les pays occidentaux, et en particulier l’Amérique, misent pour continuer à extraire à faible coût les trésors africains. À ce jeu-là, c’est bien sûr le peuple qui trinque. L’entrée dans la danse de la Chine, puis de l’Inde, ne laisse pas espérer une issue très favorable pour le continent noir. À travers trois personnages certes un peu caricaturaux, Zwick montre bien les enjeux contradictoires qui se jouent sur place.

On assiste à une première partie assez puissante, dénonçant au passage le drame de l’utilisation des enfants au combat. Mais comme pris par une mauvaise manie, Zwick se laisse doucement aller à l’utilisation de tous les poncifs et raccourcis pour contenter ses producteurs, qui ont dû réclamer que la romance prenne enfin corps et que le beau Leonardo démontre une fois pour toute sa vaillance après avoir été un peu trop maltraité jusqu’alors dans son rôle de trafiquant sans scrupule. À vouloir embrasser trop de points de vue, Zwick s’égare et semble ne plus rien assumer des choix courageux du départ, les noyant dans la mélasse d’une idylle sirupeuse.

Il est vrai qu’il faut une sacrée trempe à Hollywood pour résister à un système qui vous attire en permanence vers l’entertainment, et on peut facilement imaginer les difficultés d’un réalisateur un peu ambitieux qui ne possède pas la carrure au box-office pour imposer ses points de vue. Edward Zwick ferait sans doute mieux d’alterner les projets personnels avec les films de pure commande, à la manière d'un Steven Soderbergh, plutôt que de tenter le difficile pari de marier les deux options au sein d’un même film. Dommage.