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"Amateur"

titre original "Amateur"
année de production 1994
réalisation Hal Hartley
scénario Hal Hartley
interprétation Isabelle Huppert, Martin Donovan, Elina Löwensohn

La critique de Didier Koch

Hal Hartley, chouchou du cinéma indépendant au début des années 90 avec ses collègues Todd Solondz ou Tom DiCillo grâce à des films comme "L'incroyable vérité" (1989) ou "Trust me" avec la lumineuse et regrettée Adrienne Shelly, s'offre, avec "Amateur", un exercice de style.

Sans doute moins à l'aise que dans la chronique de mœurs descriptive d'une jeunesse américaine un peu déboussolée après l'évaporation du sixties flowers, Hartley n'en bouscule pas moins les codes du film noir qu'il modèle à son style si particulier fait d'anachronismes parfois un peu loufoques mais toujours poétiques.

On voit donc se côtoyer une ancienne nonne reconvertie dans l'écriture de nouvelles pornographiques qui se veut nymphomane alors qu'elle est encore vierge (Isabelle Huppert), un comptable véreux devenu hirsute et zinzin après une séance de gégène musclée (Damian Young), une star du X au cœur de midinette (Elina Löwensohn), un escroc violent devenu agneau après une amnésie accidentelle (Martin Donovan), sans oublier cet officier de police féminin, véritable sœur Teresa qui pleure sur le sort des malfrats qui franchissent la porte de son commissariat (Pamela Stewart). Chacun d'entre eux a le droit à ses petits moments de rêverie ou de folie filmés par la caméra aérienne et vaporeuse de Hartley.

Malgré ce joyeux mélange baroque, l'intrigue progresse gentiment, même s'il ne faut pas s'attendre à un thriller haletant. Ce qui intéresse Hartley, un peu à la manière d'Alan Rudolph, c'est la recherche de soi-même qui anime chacun d'entre nous. Est-il possible de suivre plusieurs chemins dans sa vie sans se perdre ? Peut-on faire le grand écart sans se déchirer un muscle ? Il faut croire que non pour Isabelle, qui n'arrivera pas si facilement à s'affranchir de sa foi, retournant au couvent sans avoir perdu son pucelage.

On est bien sûr intrigué de retrouver la diaphane et cérébrale Huppert dans cette production indie assez loin de son univers habituel, mais qui s'en sort haut la main grâce à l'incomparable ductilité de son jeu.

Recommandé à ceux qui aiment laisser leur âme et leur regard vagabonder.