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"Detachment"

titre original "Detachment"
année de production 2011
réalisation Tony Kaye
scénario Carl Lund
photographie Tony Kaye
interprétation Adrien Brody, Marcia Gay Harden, James Caan, Lucy Liu, William Petersen,
Christina Hendricks

La critique de Didier Koch

La société américaine va mal, les repères qui fondent la vie commune des individus disparaissant les uns après les autres. L’éducation est à la mauvaise place à qui désormais on demande tout, les parents ayant démissionné depuis un moment de leur rôle éducatif (cf. les films de Larry Clark). C’est l’état de déliquescence du système scolaire s’adressant aux masses populaires que décrit Tony Kaye, cinéaste anglais atypique venu du monde de la publicité, remarqué en 1998 pour "American history X", film sur la dérive néo-nazie d’un étudiant de bonne famille.

Henry Barthes (Adrien Brody), professeur intérimaire, débarque dans un lycée du Bronx où tout semble aller à vau-l’eau, de la directrice bientôt virée au corps enseignant en passant par les élèves et leurs parents. Pour noircir encore un peu plus le tableau déjà presque apocalyptique du lycée où débarque Barthes, le scénariste Carl Lund ajoute un lourd passé familial (son grand-père serait aussi son père) au professeur à l’allure christique qui, comble de malheur, va croiser une très jeune prostituée qui va s’en remettre à lui pour se sortir la tête de l’eau.

Malgré une difficulté évidente à communiquer qui l’amène à chuchoter en permanence, Barthes parvient à trouver une certaine forme de respect auprès de ses jeunes élèves, sans doute interdits par le détachement qu'il montre face aux provocations les plus brutales. Mais Barthes qui n’est qu’un remplaçant comme il se plait à le répéter ne semble pas avoir vocation à terminer ce qu’il commence. C’est comme ça qu’il confiera Erica, la jeune prostituée (Sami Gayle), à un foyer et qu’il n’aura pas su répondre à la détresse de Meredith (Betty Kaye), une de ses élèves, qui finira par se suicider sous ses yeux.

Tony Kaye mélange de manière assez confuse un réalisme qui voudrait se rapprocher du documentaire à des digressions mystiques et poétiques qui, si elles sont parfois touchantes, ne contribuent pas à l’aboutissement d’un quelconque message sur les causes réelles du malaise ou sur sa solution. A moins que ce ne soit le détachement de Barthes, comme l’indique le titre du film, que Kaye veuille promouvoir comme seule réponse à cette violence, ses autres collègues plus investis que lui finissant par rendre les armes (Lucy Liu) ou se réfugier dans le cynisme (James Caan). Pas très clair, tout ça ! Une chose est sûre, le temps du "Cercle des poètes disparus" qui, en 1989, érigeait le professeur en démiurge tout puissant, semble révolu.