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"Yakuza"

titre original "The Yakuza"
année de production 1974
réalisation Sydney Pollack
scénario Paul Schrader et Robert Towne, d'après une histoire de Leonard Schrader
musique Dave Grusin
interprétation Robert Mitchum, Ken Takakura, Brian Keith, James Shigeta

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

La rencontre du thriller et du Yakusa eiga, genre japonais très codifié, proche du policier occidental. Un film déroutant et fascinant à la fois.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Durant la décennie 1970-1980, Robert Mitchum tient ses derniers premiers rôles dans quatre policiers de bonne ou très bonne facture : "Les copains d'Eddie Coyle" de Peter Yates en 1973, "Yakuza" de Sydney Pollack en 1974, "Adieu ma jolie" de Dick Richards en 1975 et "Le grand sommeil" de Michael Winner en 1978.

Concernant "Yakuza", il arrive sur le projet après qu'un temps Lee Marvin ait été envisagé sous la direction de Robert Aldrich. Suite au désaccord de Marvin avec la Warner, cette dernière engage Robert Mitchum. L'acteur refusant de travailler avec Robert Aldrich, c'est Sydney Pollack qui est chargé de mettre en musique le scénario écrit par Paul Schrader et son frère. À son tour, Sydney Pollack exige la réécriture de nombreux passages. Schrader refuse l'exercice, permettant à Robert Towne ("Bonnie and Clyde", "Chinatown") de figurer au générique. En somme, les banales péripéties de la fabrication d'un film à Hollywood.

Le ton particulier de ce polar décentré au Japon, s'il a des atouts pour séduire, ne recevra pas l'assentiment du public et s'avérera un flop commercial. Pollack a choisi clairement de centrer son propos sur le décalage entre les traditions japonaises, notamment celles des yakusas, empreintes de principes immuables, et la culture américaine. C'est Harry Kilmer (Robert Mitchum), ancien détective à la retraite débarquant à Tokyo pour aider un ami (Brian Keith) à solutionner l'enlèvement de sa fille suite à une affaire véreuse, qui sera le vecteur de cette confrontation des cultures. Ayant un passé sentimental douloureux suite à son passage au Japon en tant que membre de la police militaire à la fin de la guerre (Seconde Guerre mondiale), Kilmer va rouvrir cette blessure jamais vraiment refermée.

Le film tente de mélanger de manière un peu artificielle intrigue sentimentale et policière. C'est ce que reprochera plus tard Paul Schrader à Sydney Pollack, pensant qu'un choix plus radical s'imposait. Cela peut évidemment se discuter. Mais Robert Mitchum affichant depuis quelques temps une fragilité très convaincante à l'écran, on peut penser que Pollack a voulu en tirer partie. L'acteur chevronné lui a donné raison. Comme dans "La fille de Ryan" (David Lean, 1970) et dans "Les copains d'Eddie Coyle", il ne déçoit pas, révélant avec délicatesse toute l'humanité de cet homme d'âge mûr remontant à la source d'une grande déception amoureuse. L'intrigue policière, grâce à la présence charismatique Ken Takakura, très familier des rôles de yakusas, suit malgré tout son cours, structurée autour d'un code de l'honneur très particulier lui donnant une conclusion des plus étonnantes et émouvantes.

Film de commande pour Sydney Pollack, "Yakuza" confine à l'exercice style plutôt risqué, qui a depuis conquis des adeptes, notamment Quentin Tarantino, grand fan du film.

Sydney Pollack et Robert Mitchum sur le tournage du film