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"Two faces of January"

titre original "The two faces of January"
année de production 2014
réalisation Hossein Amini
scénario Hossein Amini, d'après le roman de Patricia Highsmith
interprétation Oscar Isaac, Viggo Mortensen, Kirsten Dunst

La critique de Didier Koch

Hossein Amini, scénariste de "Drive" (Nicolas Winding Refn, 2011), se lance dans la réalisation en adaptant, comme quelque-uns avant lui, Patricia Highsmith, pour un exercice de style qui tient essentiellement à la capacité de transposer sur l'écran l’ambiance vénéneuse des relations entre les personnages le plus souvent réunis autour d’un trio. De ce point de vue, Amini mène parfaitement son affaire dans une cité athénienne interlope et mystérieuse, où se croisent et se mélangent parfois des destins incertains.

C’est le cas de ce couple d’Américains en cavale (Viggo Mortensen et Kirsten Dunst) suite à des escroqueries diverses, qui commet l’imprudence de mener un peu trop grand train, devenant la proie facile des autochtones attirés par tout ce qui brille (Oscar Isaac) et des créanciers à leurs trousses, trop heureux de les suivre tout au long de leurs escales dépensières. La sauce est donc savamment montée pour que les ennuis commencent et que la douce torpeur diffusée par le soleil méditerranéen se transforme en chaleur moite et étouffante.

Une rivalité amoureuse entre l’escroc quinquagénaire séduisant, sentant l’étau se resserrer sur lui, et le jeune de bonne famille, devenu escroc de pacotille au pied des ruines d’Athènes après avoir refusé de se rendre aux funérailles de son père, va venir encore compliquer la donne en bouleversant les motivations de chacun dans la course contre la montre qui se joue pour fuir le pays.

Amini, qui joue à fond sur l’ambiance plutôt que sur l’action, emprunte tout à la fois au René Clément de "Plein soleil" (1960), la sauvagerie en moins, et à des films comme "Étrange séduction" de Paul Schrader et "L’île de Pascali" (James Dearden, 1988), où flotte dans l’air une impression étrange liée à l’intemporalité et au danger se dégageant des dédales de rues, qui enserrent ces cités à l’exotisme a priori rassurant qui pourtant ne nous ouvrent jamais vraiment leurs bras.

Comme envoûté, on se laisse conduire sans trop de résistance vers un dénouement que l’on pressentait certes fatal, mais qui nous éclaire différemment le jeu relationnel entre les deux héros, où vient s’interposer une relation filiale mal vécue par Rydal (Oscar Isaac), le guide improvisé du départ.

Les acteurs sont tous les trois parfaitement subtils dans leurs compositions, notamment Oscar Isaac, déjà vu chez les frères Coen ("Inside Llewyn Davis", 2013), qui constitue la très bonne surprise du film.