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"Traquée"

titre original "Someone to watch over me"
année de production 1987
réalisation Ridley Scott
musique Michael Kamen
montage Claire Simpson
interprétation Tom Berenger, Mimi Rogers, Lorraine Bracco, Andreas Katsulas

La critique de Didier Koch

"Traquée" est, avec "Black rain", l’exemple même de ce que ses détracteurs reprochent à Ridley Scott, cinéaste issu du monde la publicité : un goût immodéré pour les belles images au détriment d’une recherche approfondie sur l’intrigue et la psychologie des personnages. Catalogués réalisateurs de la génération clips, Ridley Scott et encore plus son frère n’ont jamais complètement réussi à se défaire d’une image de superficialité, qui rejaillit dès que leur travail n’est pas crédibilisé par des apports extérieurs comme l’adaptation d’un roman de Philip K. Dick pour "Blade runner". La vision de "Traquée" semble un peu valider la thèse des réfractaires tant Scott recourt aux images léchées, semblant parfois faire poser ses acteurs comme pour une séance de photos de mode.

Le scénario d’Howard Franklin est assez basique quoique hautement improbable. Il faut en effet une forte dose d’imagination pour penser un seul instant qu’une des plus grosses fortunes de New York, même en proie à un fort stress, peut tomber follement amoureuse du petit flic chargé de sa surveillance, même s’il ressemble à Tom Berenger.

Un Tom Berenger dans sa courte période de gloire, dont Scott s’évertue, comme beaucoup de réalisateurs de l’époque, à extraire ses ressemblances marquées avec l’illustre Marlon Brando. Nous avons donc droit à quelques séances de pose où, tel Marlon, le menton en avant et le regard perdu dans le lointain, Berenger joue à faire revivre le dieu vivant qu’était le Brando de "Sur les quais" ou de "Jules César".

Le film est donc un peu trop chic, et on est à mille lieux de chez William Friedkin, ou Don Siegel pour remonter aux années 60. Mais Mimi Rogers est sublime, d’une élégance ravageuse qui nous ravit à chacune de ses apparitions, et comme Andreas Katsulas est très crédible en méchant qui en veut à la jolie héritière, on se laisse prendre au jeu.

Quand on pense que Scott avait réalisé "Traquée" pour faire taire les critiques sur l’aspect formel de ses films qui commençaient à poindre depuis "Les Duellistes" ou "Legend", on se dit que, sur ce coup-là, il n’a pas été très lucide.