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"Shérif Jackson"

titre original "Sweetwater"
année de production 2013
réalisation Logan Miller et Noah Miller
scénario Logan Miller et Noah Miller
interprétation Ed Harris, January Jones, Jason Isaacs

La critique de Didier Koch

Les frères Miller, Noah et Logan, jumeaux de leur états, sont des nouveaux venus à Hollywood après qu’ils aient convaincu, en 2008, Ed Harris de les rejoindre pour leur premier film ("Touching home") inspiré de la biographie de leur père alcoolique mort en prison, où eux-mêmes jouent leurs propres rôles. Cette collaboration, certes confidentielle mais néanmoins fructueuse, saluée par la critique américaine, a amené le trio à récidiver pour une relecture du western, genre auquel Ed Harris est très attaché, ayant lui-même réalisé son propre métrage en 2008 ("Appaloosa").

D’emblée, les deux frères affichent leurs références qui les portent plus vers Sergio Leone ou Clint Eastwood que vers les grands classiques d’Hollywood (Mann, Ford, Hawks). On parle donc peu et on agit beaucoup sans trop d’explication dans "Shérif Jackson". Un shérif Jackson campé par Ed Harris en mode cabotinage, ce qui n’est pas courant chez cet acteur habituellement sobre. Il arrive comme il se doit de nulle part pour mettre fin aux exactions d’un curieux prophète (Jason Isaacs assez terrifiant), sorte de Charles Manson avant l’heure qui profite de la naïveté et de l’inculture ambiantes pour s’enrichir et assouvir sa soif de pouvoir sur une petite communauté qui lui est soumise corps (les femmes) et âmes (les hommes).

Les deux hommes à l’ego débordant largement de leur chapeau vont longuement se jauger comme deux fauves qui cherchent à s’impressionner plutôt qu’à s’affronter réellement. Une ex-prostituée vengeresse va venir précipiter les choses, doublant les deux hommes trop absorbés par leur face-à-face machiste. Le tout est filmé en clair-obscur comme pour éviter une assimilation totale au western spaghetti qui portait en étendard le désert brûlant et les visages burinés par les rayons du  soleil.

En donnant le rôle du vengeur à une femme, les frères Miller renversent les codes et démystifient l’apologie de l’as de la gâchette, faisant du shérif baroque et du prédicateur meurtrier deux caricatures qui se neutralisent. C’est bien January Jones, la veuve en robe violette, qui endosse le rôle du vengeur mutique personnifié si souvent par Clint Eastwood, Shérif Jackson n’ayant qu’une seule fois l’occasion de sortir son revolver de son fourreau pour une confrontation finale qui laissera les deux pantins sur le carreau.

Le film, imparfait, intrigue tout autant qu’il donne une impression d’inachevé tant on a l’impression que chacun des trois personnages joue seul sa partition faute de liens qui le fasse interagir avec les autres. Un parti pris déroutant, un peu frustrant, mais bougrement original.