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"Pas d'orchidées pour Miss Blandish"

titre original "The Grissom gang"
année de production 1971
réalisation Robert Aldrich
scénario d'après le roman "No orchids for Miss Blandish" de James Hadley Chase
photographie Joseph F. Biroc
interprétation Kim Darby, Scott Wilson, Irene Dailey, Tony Musante

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de Sébastien Miguel

« Je suis un très grand fan de Robert Aldrich, de tous ses films. Curieusement, ce sont ceux des années 70 que sans doute je préfère. Celui qui m’intéresse le plus du point de vue esthétique est peut-être "Pas d'orchidées pour Miss Blandish". Une œuvre unique, très stylée. C’est un peu son "Coup de cœur", entièrement tourné en studio. » Entretien avec Quentin Tarantino, Positif, septembre 2009, n°583.

Des quatre échecs successifs qui ruineront le studio de Robert Aldrich, "Le démon des femmes" (1968) et "Pas d'orchidées pour Miss Blandish" en seront les deux chefs-d’œuvre, "Faut-il tuer Sister George ?" (1968) l’œuvre la plus personnelle et "Trop tard pour les héros" le seul projet commercial (quoique parfaitement cohérent avec le reste de son œuvre). Aucun de ces films ne rencontrera les faveurs du public : trop longs, trop baroques, trop provocateurs et… dépourvus de star.

Pas d'orchidées pour Miss Blandish - photo 1 Pas d'orchidées pour Miss Blandish - photo 2

Certainement encouragé par le triomphe de "Bonnie and Clyde", Aldrich choisit les années 30 et trouve dans le roman de James Hadley Chase un parfait décorum à son propre univers. Une horde de dégénérés menée par une matrone psychopathe enlève une petite sotte, fille de milliardaire. Le plus débile de tous, Slim, tombera fou amoureux de la casse pied et refusera son exécution après versement de la rançon...

Dans son adaptation remarquablement fidèle, Aldrich respectera les péripéties, mais choisira (changement révélateur) de modifier la scène de viol. Dans le film, Slim ne drogue pas et ne viole pas Miss Blandish : c’est par intérêt et par respect, pour un amour qu’elle sait sincère, que la jeune fille se donnera au gangster. Mais cette transformation d’une petite enfant en véritable femme se fera dans la douleur et dans le sang. C’est Patrice Chéreau qui auscultera les ravages de ces péripéties en adaptant la suite du roman de Chase avec son premier film, "La chair de l'orchidée" (1975).

Aldrich orchestre son opéra décadent avec hystérie et grandiloquence : plans ultra composés montés avec vigueur (sans trop de respect pour la continuité) et pléthore de cataclysmes visuels. La prise d’assaut de la maison des Grissom filmée comme un slapstick et ce combat à mort entre les deux frères ou les coups de couteau de Slim renvoient aux cris stridents de Barbara.

Interprétation homérique de Scott Wilson (époustouflant), Kim Darby et Irene Dailey en incarnation monstrueuse et inoubliable de ‘Ma’ Grissom.

Orage apocalyptique plein de fureur, de folie et de violence, l’un des chefs-d’œuvre de son auteur.