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"Once upon a time... in Hollywood"

« You fuckin' hippies came up here to smoke dope on a dark road, huh? »

titre original "Once upon a time... in Hollywood"
année de production 2019
réalisation Quentin Tarantino
scénario Quentin Tarantino
photographie Robert Richardson
interprétation Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant, Dakota Fanning, Bruce Dern, Mike Moh, Luke Perry, Damian Lewis, Al Pacino, Rafal Zawierucha, Damon Herriman, Kurt Russell, Zoë Bell, Michael Madsen

Le titre du film

Il s'agit d'une référence à Sergio Leone, réalisateur de "Once upon a time in America" et "Once upon a time in the West" (1968).

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de Sébastien Miguel

Reconstitution fastueuse à l'ancienne, photo de Robert Richardson, mises en abîme brillantes, scènes de comédie hilarantes : Pitt en homme grenouille meurtrier, le combat de Bruce Lee, DiCaprio en Steve McQueen dans "La grande évasion"...

Tarantino exalte la beauté des femmes (Margaret Qualley, éblouissante de sensualité) et fait de Sharon Tate (Margot Robbie, incandescente) une vestale diurne, symbole de vie, d'amour et de lumière.

La tendresse transparait souvent dans cette impressionnante montagne d'images à la gloire de la culture pop américaine et le film obéit à une narration moins éclatée et bien plus sereine que d'habitude.

Le cinéaste oppose avec brio les névroses explosives de DiCaprio (formidable) à la cool attitude hyper virile de Brad Pitt (olympien).

Les fantômes du passé reprennent vie le temps d'une projection, et Tarantino replonge dans ses premiers voyages cinéphiliques, ses souvenirs d'enfance.

Ode nostalgique à un monde disparu où les extravagances, les passions et les folies humaines se retrouvent transcendées par le pouvoir éternel du cinéma.

Casting étincelant.

La critique de Didier Koch

Approchant la soixantaine, et déjà présent dans le monde du cinéma depuis près de trente ans, Quentin Tarantino, amoureux boulimique de la pellicule, aura été moins dispendieux de son art qu'attendu, n'ayant réalisé que huit films quand il aborde le tournage de "Once upon a time... in Hollywood". Toujours référentiels, ses films ont tout d'abord été très novateurs et décapants pour, depuis "Boulevard de la mort", être frappés d'une panne d'inspiration de leur auteur, qui a pu s'observer à travers le recours abusif aux recettes qui avaient fait le succès de "Reservoir dogs" et de "Pulp fiction". Semblait venu pour le fougueux réalisateur, le moment de faire son bilan.

Quoi de mieux dès lors pour lui que de placer sa caméra au moment précis où le point de rupture s'est effectué entre le système venu de l'époque dorée des studios et le Nouvel Hollywood dont il est un héritier, pour remonter aux origines de la passion qui a animé toute sa vie. Dans l'imaginaire collectif, ce point de rupture, qui marque la fin du flower power, se situe très exactement le 9 août 1969, quand les séides de Charles Manson vinrent jusqu'au numéro 10050, Cielo Drive pour massacrer Sharon Tate, alors enceinte de Roman Polanski, et trois de ses amis. Ledit massacre largement revu et corrigé constituera le climax du film.

Pour y parvenir, Tarantino va se livrer à un large passage en revue de tout ce que le jeune vendeur de K7 Video d'Hermosa Beach qu'il était a vénéré dans le cinéma de série B des années 60. Devenu un réalisateur adulé, son regard s'est forcément imprégné de toute la réalité de l'envers du décor qu'il a pu découvrir en fréquentant les arcanes d'Hollywood. Le film, en plus d'être nostalgique, se teinte donc d'une certaine mélancolie qui l'a peut-être amené à réécrire l'histoire à sa manière, comme il l'avait fait dix ans plus tôt pour "Inglourious basterds", son dernier grand film.

Pour accompagner le spectateur tout au long de cette revisite nostalgique d'une époque finissante, le réalisateur-scénariste a choisi de prendre comme guide Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), un acteur de séries télévisées sur le déclin qui ne saura pas, comme le fit Clint Eastwood, prendre le bon vol à temps pour Cinecittà, accompagné de Cliff Both (Brad Pitt), sa doublure cascade. Les relations du duo marquées du sceau de la solidarité face aux vicissitudes de leurs métiers respectifs, seraient inspirées de celles qu'entretenaient à l'époque Burt Reynolds et Hal Needham.

Les hommages sont nombreux, et Tarantino n'a certainement pas son pareil pour savoir insérer ses personnages dans les lieux mythiques de cette époque désormais largement fantasmée, de la Playboy Mansion West où trônait Hugh Hefner en hôte démiurge au Corriganville Movie Ranch en ruines qui accueillit un temps la bande de Charles Manson, en passant par le Fox Theater ou le Cinema Dome. On y côtoie Steve McQueen (Damian Lewis) en pleine démonstration de sa fameuse cool attitude, un Bruce Lee (Mike Moh) arrogant défiant Mohamed Ali, ou Sharon Tate (Margot Robbie) en train de regarder, énamourée, un de ses films, mais aussi les harpies menaçantes du sieur Manson avançant vers leur funeste projet au rythme du fraternel et enjoué "Twelve-Thirty" des Mamas and the Papas.

Sans doute un peu décousu, "Once upon a time... in Hollywood", qui peut se voir comme une déclaration d'amour d'un fan s'apercevant qu'il a vieilli, trouve malgré tout sa cohérence à travers le fil rouge tendu par la relation sincère d'amitié qui lie le duo que forment Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, tous les deux épatants. La musique est, comme toujours chez Tarantino, complètement raccord avec le contexte, composée uniquement de morceaux contemporains à l'action. *

En un mot, Tarantino nous est revenu en forme. Espérons qu'il saura la conserver pour les quelques films qui lui restent à tourner, s'il respecte sa parole de ne guère aller beaucoup au-delà d'une dizaine films réalisés. Le numéro neuf est désormais atteint.

* ou presque : lorsque Cliff et Rick roulent en voiture au début du film, on entend, venant vraisemblablement de la radio, la version de Joe Cocker de la chanson "The Letter", dont l'enregistrement est sorti en avril 1970, soit plus d'un an après l'époque à laquelle se déroule la scène.

Lieux mythiques, iconiques de Los Angeles

Propriétés
- Le manoir Playboy, situé à Holmby Hills (quartier de Westwood), qui appartenait à Hugh Hefner
- Le Corriganville Movie Ranch près de Simi Valley

Cinémas
- Les cinémas Fox Theater (Fox Village Theatre) et Fox Bruin Theater de Westwood
- Le Cinerama Dome, salle de cinéma située au 6360 Sunset Boulevard, ouverte en 1963, dont le style architectural la rattache au mouvement Googie, en vogue dans le sud de la Californie au début des années 60 et classée monument historique-culturel de Los Angeles (Los Angeles Historic-Cultural Monument)

Restaurants
- El Coyote Cafe (7312 Beverly Boulevard), restaurant mexicain ouvert en 1931, dans lequel Sharon Tate et ses trois amis ont passé leur dernière soirée
- Le Musso & Frank Grill, restaurant situé 6667-9 Hollywood Boulevard, célèbre pour accueillir de nombreuses personnalités du monde du cinéma et que l'on peut voir également dans les films "Ed Wood" et "Ocean's eleven"

Soundtracks

On peut entendre dans le film des extraits des chansons suivantes : "Mrs. Robinson" (Simon & Garfunkel), "Hush" et "Kentucky Woman" (Deep Purple), "California Dreamin'", "Out Of Time" (The Rolling Stones), "Twelve Thirty (Young Girls Are Coming To The Canyon)" (The Mamas and the Papas), "The House That Jack Built" (Aretha Franklin).
On peut également y entendre des extraits de compositions originales de Maurice Jarre (pour le film "Juge et hors-la-loi"), Bernard Herrmann et Ennio Morricone.

Références cinématographiques

Elles sont très nombreuses :
- conversations/dialogues : propres films de Tarantino ("Inglourious basterds", "Boulevard de la mort", "Kill Bill") ou films d'autres réalisateurs ("Rosemary's baby" de Roman Polanski, "La vallée des poupées" avec Sharon Tate, "Easy rider", "Tess" de Roman Polanski avec Sharon Tate, "The devil's rejects") ;
- images (affiches ou extraits de films) : "La grande évasion", "Le bal des vampires" de Roman Polanski, "Le démon des femmes", "Tora! Tora! Tora!", "Austin Powers" ;
- musique : "Le Lauréat", "Juge et hors-la-loi".

Affiches de films fictifs

Photos de tournage

Margot Robbie et Robert Richardson
Leonardo DiCaprio et Quentin Tarantino