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"Narc"

titre original "Narc"
année de production 2002
réalisation Joe Carnahan
scénario Joe Carnahan
musique Cliff Martinez
interprétation Jason Patric, Ray Liotta
 
récompense Prix "Spécial police" au festival du film policier de Cognac 2002

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

"Narc" de Joe Carnahan prend place en 2002 parmi les grands films policiers américains qui brillent, non pas tant par l'intrigue à rebondissements qu'ils développent, que par la peinture qu'ils proposent du quotidien de ceux qui sont en charge de faire régner la loi dans les grandes cités minées par la précarité et la drogue. On pense bien sûr aux "Flics ne dorment pas la nuit" de Richard Fleischer, à "French Connection" de William Friedkin, "Police puissance 7" de Philip D'Antoni, "Serpico" et "Contre-enquête" de Sidney Lumet ou encore "Le Policeman" de Daniel Petrie, qui constituent à coup sûr des références pour Joe Carnahan, qui se revendique comme un grand admirateur des films de genre des années 1970.

Film à petit budget, car réalisé par un metteur en scène n'ayant qu'un seul long métrage à son actif, "Narc" bénéficie toutefois d'un duo d'acteurs très solide. Jason Patric est encore à l'époque un acteur en devenir, mais il n'arrive pas à accéder aux premiers rôles dans des films importants comme Brad Pitt, Sean Penn ou Johnny Depp juste avant lui. Quant à Ray Liotta, il est depuis plus de dix ans dans un sérieux trou d'air, n'ayant pas su confirmer l'espoir qu'il avait fait naître aux côtés de Robert De Niro dans "Les Affranchis" de Martin Scorsese douze ans plus tôt. Les deux hommes sont donc en demande de rôles marquants. Ils vont être servis grâce au scénario concocté par Joe Carnahan lui-même, associant deux flics à la dérive qui vont devoir enquêter sur la mort non résolue d'un de leurs collègues infiltré dans un trafic de drogue.

Le spectateur, pris d'entrée au collet par Carnahan, est embarqué avec le duo dans les endroits les plus malfamés de la ville (Détroit), où la misère ambiante charrie son lot de déviances et de violence associée. L'exercice est certes connu, mais le jeune réalisateur, qui n'a pas froid aux yeux, se singularise par sa manière très personnelle de filmer la déambulation des deux flics, qu'il place visuellement sur le même plan que les malfrats qu'ils interrogent ou poursuivent. Idem pour les scènes plus intimes liées à la vie privée des deux agents, filmées avec une justesse rarement vue, empreinte tout à la fois d'un réalisme cru et d'une certaine poésie. Ray Liotta, qui a pris du poids pour le rôle, est dans la lignée du Nick Nolte bedonnant et ambigu du trop méconnu "Contre-enquête".

Refusant systématiquement le recours aux private jokes traditionnelles du buddy movie, Joe Carnahan livre un film violent, émotionnellement fort, qui fatalement s'avère éprouvant, car très immersif.

À noter que William Friedkin, qui connait bien le genre, ne tarit pas d'éloges sur le film, ce qui est, à n'en pas douter, un sérieux gage de qualité.