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"Munich"

Opération Colère de Dieu

titre original "Munich"
année de production 2005
réalisation Steven Spielberg
photographie Janusz Kaminski
montage Michael Kahn
musique John Williams
interprétation Eric Bana, Daniel Craig, Mathieu Kassovitz, Geoffrey Rush, Michael Lonsdale, Mathieu Amalric, Yvan Attal, Marie-Josée Croze, Moritz Bleibtreu, Lynn Cohen

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Spectaculaire, haletant, ce récit de la traque des tueurs de Septembre Noir repose sur des faits authentiques. Il n'en est que plus impressionnant.

Contre : la critique de Sébastien Miguel

Écœurement total face aux prétentions et au mauvais goût douteux se dégageant de ce navet exécrable. Terrible scène où Bana lutine bestialement sa femme enceinte en revoyant en flash back le massacre des athlètes israéliens !!! L’assassinat abjecte de l’espionne meurtrière (splendide Marie-Josée Croze) n’est qu’une scène de barbarie de plus dans un film qui en rajoute toujours dans le sordide et le racolage.

Champion indétrônable du conformisme ricain, Steevy (le génie derrière "Amistad" !) condamne les actes de vengeance de ses amis Israéliens (la vengeance, c’est pas bien !), mais souligne, dès qu’il le peut, le caractère inexcusable du terrorisme !!! Sacré Steven…

C’est interminable, simpliste et affreusement mal joué. Bana en Terminator inexpressif est archi nul, Kassovitz en jogging rouge, pas mieux. Exploit aussi de ne rien faire de Daniel - James Bond - Craig, totalement transparent ici.

Face à cette nullité, revoir l’excellent "Sword of Gideon" * (dont Spielberg récupère le premier plan !).

Pour : la critique de Didier Koch

Steven Spielberg constitue sans aucun doute un cas à part dans l’industrie hollywoodienne sur laquelle il règne en maitre depuis plus de quarante ans. Symbole même du cinéma de divertissement, géniteur du phénomène blockbuster avec "Les dents de la mer", il est capable  de mettre très régulièrement son art au service de causes qui lui tiennent à cœur comme la dénonciation de l’esclavage ("La couleur pourpre", "Amistad", "Lincoln"), l’absurdité de la guerre ("Empire du soleil", "Il faut sauver le soldat Ryan", "Cheval de guerre") et, bien sûr, la cause juive qui le touche de près ("La liste de Schindler").

"Munich", qui vient juste après "La guerre des mondes", remake du film de Byron Haskin (1953) inspiré du roman éponyme de H.G. Wells, relate la répression déclenchée par Golda Meir suite aux attentats des Jeux Olympiques de Munich de 1972, où onze athlètes israéliens avaient été exécutés par le groupe terroriste palestinien "Septembre Noir". Cette opération confiée au Mossad, la principale agence de renseignements israélienne, reste connue sous les patronymes d'"opération baïonnettes" ou encore "opération colère de Dieu". Un commando restreint (cinq hommes) très spécial, dirigé par un ancien garde du corps de Golda Meir, se voit confier la mission d'exécuter douze Palestiniens supposés être les commanditaires de la tuerie de Munich.

Spielberg et ses scénaristes (Tony Kushner et Eric Roth) s'inspirent du livre très controversé du journaliste canadien George Jonas ("The true story of an Israeli counter-terrorist team"), à qui l'on reprocha en 1984 son manque de crédibilité en raison du caractère éminemment secret de l'opération. Cela ne gêne pas Steven Spielberg outre mesure, qui en profite pour mêler habilement vérité historique et thriller haletant. Le génie du réalisateur d'"E.T." et des "Aventuriers de l'arche perdue" tient sans doute dans cette capacité à savoir faire œuvre didactique de manière ludique. Le charme des intrigues d'espionnage puisent en général sa substance dans leur complexité. Dans "Munich", tout est clair, les cibles étant clairement désignées et si complexité il y a, elle naît dans les consciences des membres du commando qui au fur et à mesure se demandent si leurs victimes sont bien les coupables désignés à l'origine et si au final ils ne sont tout simplement pas manipulés par le gouvernement de leur pays.

L'autre problème soulevé par Spielberg est celui de l'escalade de la violence qu'engendre la lutte radicale contre le terrorisme, celui-ci ayant la propriété maléfique de se régénérer à partir de ses propres pertes. Enfin, la montée de la paranoïa au sein des membres du commando constitue l'acmé de la tension dramatique du film, qui permet à Spielberg une conclusion aussi lapidaire qu'angoissante, nous conduisant tout droit au terrorisme islamiste des années 2010. Tout comme le livre dont il s'inspire, le film a fait polémique à sa sortie malgré le point de vue équilibré défendu par le réalisateur.

Sur un plan formel, on appréciera le caractère cosmopolite du casting qui cadre fort bien avec le propos qui n'autorisait pas la présence d'une superstar concentrant l'attention sur elle. Ce fut une aubaine pour Eric Bana, acteur australien remarqué dans le très troublant "Chopper" d'Andrew Dominik (2000). Pourtant très convaincant aux côtés d'une brochette d'acteurs français (Mathieu Kassovitz, Mathieu Amalric, Michael Lonsdale) et d'un Daniel Craig énervé juste avant qu'il n'imprime une touche marmoréenne au personnage de James Bond, il n'a malheureusement pas confirmé par la suite.

Si le film semble parfois s'enliser quelque peu dans la répétition des attentats, il captive par l'évolution psychologique qui traverse les cinq membres de cette équipe d'hommes normaux livrés à eux-mêmes face à une mission qui les submerge.

Enfin, Janusz Kaminski, l'opérateur récurrent de la seconde partie de carrière de Spielberg, drape l'action dans les tons réalistes idoines à la complète immersion du spectateur. Que demander de plus ?

* Michael Anderson, 1986

Couverture du American Cinematographer de février 2006