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"Lord of war"

titre original "Lord of war"
année de production 2005
réalisation Andrew Niccol
scénario Andrew Niccol
photographie Amir Mokri
interprétation Nicolas Cage, Jared Leto, Ian Holm, Bridget Moynahan, Ethan Hawke,
Donald Sutherland (voix)

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un film dur, cynique, sans concessions, passionnant de bout en bout à la façon d'un thriller mais qui a connu un gros échec aux Etats-Unis. Peut-être est-il trop dérangeant, malgré ses naïvetés.

La critique de Didier Koch

"Häxen : la sorcellerie à travers les âges", le chef-d'œuvre de Benjamin Christensen, nous narrait par le menu, en 1922, les méfaits de la sorcellerie sur le sort des femmes tout au long des siècles depuis le Moyen Age. "Lord of war", en 2005, nous explique le fonctionnement méconnu du trafic des armes qui sert à l'homme pour détruire son semblable. Il peut sembler bizarre d'assimiler deux films si distants dans l'histoire du cinéma et pourtant, c'est bien la même volonté de mêler vertu documentaire et fictionnelle au profit d'une démonstration méthodique qui anime les deux réalisateurs.

Si Benjamin Christensen, très didactique, nous exposait face à la caméra le cheminement un peu spécial que suivrait son film, Andrew Niccol ne procède pas autrement via son générique très imagé, suivant une balle de sa fabrication jusqu'à sa destination finale au beau milieu du front d'un enfant africain et via le discours liminaire d'un Nicolas Cage expliquant lui aussi face  à la caméra, la finalité morbide de son business. Tout le monde a entendu parler du trafic d'armes et connait la forte implication des états dans ce puissant ressort économique. Mais l'odeur de soufre et de mort qui en exsude, exige des gouvernements très soucieux de leur respectabilité, le recours à des intermédiaires peu scrupuleux et surtout rompus à la négociation tout-terrain.

Du temps de la Grande Guerre (1914-1918), un financier ottoman obscur comme Basil Zaharoff alimentait les fantasmes. Aujourd'hui, ce sont plus volontiers des militaires comme Viktor Bout, ancien officier de l'armée rouge, qui mettent à disposition leur connaissance du terrain pour assurer la rencontre entre l'offre et la demande. Yuri Orlov, interprété par Nicolas Cage dont il va bien falloir reconnaître un jour le talent, a été en partie inspiré par Viktor Bout.

Dans son style si particulier rappelant tout à la fois Sergio Leone ("Il était une fois en Amérique"), Martin Scorsese ("Les Affranchis") ou Darren Aronofsky ("Requiem for a dream"), Niccol nous ouvre les portes de ce monde souterrain où le cynisme est la seule règle avec comme guide avisé Yuri Orlov qui, parallèlement, nous explique son parcours aux côtés de son frère Vitaly (Jared Leto, parfait), plus sensible et fragile, et de sa femme (sublime Bridget Moynahan) maintenue dans l'ignorance grâce à un déferlement de luxe.

Niccol, peu prolifique (cinq films au compteur), a concocté lui-même ce scénario qui réussit le tour de force de parvenir à distraire tout en montrant l'horreur de ce qui se joue tous les jours dans le monde pour que certains s'enrichissent sur la mort des hommes. On dira ce qu'on voudra du cinéma américain, tous les jours décrié pour ses blockbusters débilitants, mais on ne voit pas si souvent sortir en Europe des films dénonçant aussi lucidement et sans détour les faces sombres de l'humanité. A voir absolument et à montrer d'urgence aux plus jeunes.

Le Blu-ray disponible rend magnifiquement le travail du chef-opérateur Amir Mokri et comporte des bonus très instructifs.