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"Lignes de vie"

titre original "The door in the floor"
année de production 2004
réalisation Tod Williams
scénario Tod Williams, d'après le roman "A widow for one year" de John Irving (1998)
interprétation Jeff Bridges, Kim Basinger, Elle Fanning

La critique de Didier Koch

Évoquer la perte d’un enfant est toujours un sujet délicat, même au cinéma. Il s’agit de trouver le ton juste pour amener le spectateur à réfléchir à ce sujet tabou sans le heurter. Tod Williams, en adaptant le roman de John Irving "Une veuve de papier", choisit une approche originale.

A travers l’initiation à la sexualité du jeune Eddie venu servir de secrétaire particulier le temps d’un été à un écrivain célèbre, Williams prend le sujet de biais, ce qui est une manière adroite de nous amener à découvrir la douleur de ce couple dont les deux jeunes adolescents ont disparu tragiquement il y a quelques années.

Le jeune homme débarque avec toute la candeur de ses seize ans dans cette charmante villa balnéaire de Long Island, où le couple Ted et Marion s’est échoué en cale sèche depuis la mort de leurs deux fils, laissant leur petite Ruth aux soins d’Alice, la jeune nounou engagée pour pallier à l’absence d’amour maternel. La situation est certes dramatique, mais Williams s’attarde sur la personnalité attachante et atypique de Ted, qui semble mener une vie faite d’un savoureux mélange de travail et de douce oisiveté.

Eddie, qui sert en vérité de chauffeur à Ted, va très vite jouer le lien entre les deux époux qui n’arrivent plus à communiquer. Sous sa nonchalance, Ted est en réalité très inquiet de la morbidité de sa femme, qui se réfugie dans la contemplation des photos de ses fils et qui, surtout, s’avère incapable d’aimer la toute jeune Ruth née initialement pour combler la perte des deux aînés. C’est un peu leur fils que Ted rend à sa femme avec l’arrivée d’Eddie, dans une tentative ultime de provoquer un regain de vie chez Marion. La relation qui se crée va tourner à l’initiation amoureuse, mais ne produira pas ses effets sur l’instinct maternel perdu de Marion.

Ces sujets douloureux sont abordés par touches successives, souvent sur le ton d’un humour léger qui montre que, malgré tout, la vie finit toujours par s’immiscer dans les interstices du malheur. Le ton particulier du film doit beaucoup à Jeff Bridges, qui campe un Ted lointain cousin du Dude de "The big Lebowski", dont le fatalisme l'aide grandement à vivre au quotidien avec cette blessure béante qu’est la perte d’un enfant. Kim Basinger, quant à elle, montre qu’elle a parfaitement su évoluer depuis ses rôles de vamp glamour des années 90.

Un film sensible et touchant d’un réalisateur qui a su trouver une recette intelligente pour parler, avec une certaine légèreté, d’un sujet dramatique sans en diminuer la portée.