Menu Fermer

"Le témoin du mal"

titre original "Fallen"
année de production 1998
réalisation Gregory Hoblit
interprétation Denzel Washington, John Goodman, Donald Sutherland, James Gandolfini, Elias Koteas

La critique de Didier Koch

"Le silence des agneaux", suivi quatre ans plus tard de "Seven", a laissé son empreinte indélébile sur tous les thrillers des années 1995 à 2005 pour le meilleur, mais aussi pour le moins bon. Le tueur en série, phénomène essentiellement américain, a en effet toujours fasciné les spectateurs. Après la mode du slasher initiée par John Carpenter en 1978 avec "Halloween", Jonathan Demme et David Fincher ont apporté une sophistication au genre en travaillant sur le mode opératoire utilisé par le tueur jusqu'alors assez monocorde, laissant le plus souvent démunis des adolescents avides de satisfaire leur libido galopante et donc imprudents face à un monstre immature ne faisant aucun quartier.

Avec l'arrivée d'Hannibal Lecter sous les traits d'Anthony Hopkins, les affaires ont pris une autre tournure. Place désormais au raffinement et au jeu du chat et de la souris avec l'inspecteur en charge de l'enquête. À la suite de ces deux films phares, les producteurs ont demandé aux scénaristes de se livrer à une surenchère d'originalité concernant les motivations et le modus operandi du maniaque devenu désormais l'objet de toutes les attentions. C'est dans ce mouvement que s'inscrit le film de Gregory Hoblit, remarqué deux ans plus tôt pour son très malin "Peur primale" avec Richard Gere et Edward Norton.

Nicholas Kazan, fils d'Elia, le grand réalisateur, en charge du scénario, a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre. En effet, cette histoire d'un envoyé de Satan (Azazel) qui, par simple contact, serait capable de transformer n'importe quel quidam en meurtrier sanguinaire provoquant ainsi une longue chaîne d'assassins à son service, tués à leur tour après usage, est trop bien mal conçue pour sembler un moment crédible. Sans un scénario propre à générer le suspense, Hoblit a beau employer tous les codes habituels du genre, il laisse le pauvre Denzel Washington seul en piste tenter de s'y retrouver parmi ce salmigondis.

Toujours très professionnel, celui-ci tentera, tout comme son personnage, de sauver l'affaire. Peine perdue, le problème étant que le spectateur a déjà depuis un moment l'esprit ailleurs. Dommage, car quelques seconds rôles tenus par John Goodman ou Donald Sutherland sont plutôt bien dessinés. Le film a bien marché au box-office, profitant à plein de l'engouement tout frais généré par "Seven", mais il est aujourd'hui tombé dans un oubli tout à fait justifié.