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"Le sixième sens"

titre original "Manhunter"
année de production 1986
réalisation Michael Mann
scénario Michael Mann, d'après le roman "Dragon rouge" de Thomas Harris
interprétation William Petersen, Joan Allen, Brian Cox, Tom Noonan, Dennis Farina, Kim Greist,
Stephen Lang
 
récompense Prix de la critique au festival du film policier de Cognac 1987
   
rien à voir avec "Sixième sens", M. Night Shyamalan
remake "Dragon rouge", Brett Ratner, 2002
épisodes suivants • "Le silence des agneaux", Jonathan Demme, 1990
  • "Hannibal", Ridley Scott, 2001

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Une mise en scène à l'esbroufe dissimule la trahison du fameux thriller de Thomas Harris.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Troisième film de Michael Mann, le producteur-auteur de la série TV "Miami Vice", cette très curieuse adaptation du roman "Dragon rouge" de Thomas Harris est un tapageur mais brillant ancêtre du "Silence des agneaux" (du même romancier). Un ancien agent du FBI tente de capturer un tueur en série et demande, déjà, de l'aide à Hannibal Lecter - ici, Dr. Lektor - joué par Brian Cox, pas aussi impressionnant qu'Anthony Hopkins.

La critique de Didier Koch

Pour son troisième long métrage après l'échec cuisant de "La forteresse noire" (1983), Michael Mann, malgré son aura de concepteur de la série à succès "Miami Vice", doit prouver qu'il peut se faire un nom dans l'univers du cinéma et surtout démontrer que son perfectionnisme déjà bien établi peut déboucher sur une vraie rentabilité.

Depuis un moment, l'idée d'adapter "Le dragon rouge", roman à succès de Thomas Harris, flotte dans l'air à Hollywood. William Friedkin s'est entiché du livre et tient absolument à être le premier à porter à l'écran les méfaits du docteur Hannibal Lecter. Mais Dino De Laurentiis, qui détient les droits du livre, a pris le bouillon avec "Têtes vides cherchent coffres pleins". Le producteur se souvient aussi que "Cruising" du même Friedkin sur un sujet similaire n'a pas attiré les foules malgré la présence d'Al Pacino et le parfum de scandale qui précéda le tournage de cette longue descente aux enfers d'un flic à la recherche d'un serial killer dans le milieu homosexuel new-yorkais.

L'heure du réalisateur de "L'Exorciste" étant passée, Michael Mann peut alors entrer en jeu. "Le Solitaire", sans avoir été un grand succès, jouit d'une solide réputation auprès de la critique en raison d'un style affirmé qui tient essentiellement à la forme dont Mann a su habiller cette histoire d'un casseur de coffres souhaitant raccrocher après son ultime coup. Le réalisateur, fidèle à sa réputation de vouloir maîtriser tous les aspects de son travail, a déjà esquissé l'ébauche de son scénario pendant qu'il terminait le tournage compliqué de "La forteresse noire".

Parce qu'il juge la Paramount responsable de l'échec de son dernier film, il entend cette fois ne rien laisser à personne quant à la direction artistique de son travail. Il commence par imposer, dans le rôle du flic, William Petersen alors encore inconnu et qui vient juste de terminer "Police fédérale, Los Angeles" sous la direction de William Friedkin, alors que De Laurentiis, souhaitant assurer ses arrières, pense à Mel Gibson, Paul Newman ou Richard Gere. Pour le reste du casting, il aura les mains un peu plus libres. Il choisit l'énigmatique Tom Noonan pour le rôle du serial killer et Brian Cox pour interpréter Hannibal Lecter (renommé Lektor) sur les conseils de Brian Dennehy obligé de se désister.

Comme l'avait fait Thomas Harris pour écrire son roman, Mann mène des recherches très poussées sur chacun des aspects de l'intrigue et des personnages. Contrairement à Jonathan Demme qui, sept ans plus tard, fera d'Hannibal Lecter, joué par Anthony Hopkins, l'attraction principale de son film, Mann s'intéresse davantage aux retentissements psychologiques de la méthode utilisée par Will Graham (William Petersen), qui consiste à s'identifier pour comprendre, ressentir puis anticiper les réactions du tueur en série. Le métier de profiler n'en est encore qu'à ses balbutiements, et le phénomène du serial killer n'est pas encore devenu tendance. Michael Mann et William Petersen doivent donc défricher un terrain encore presque vierge sur lequel beaucoup de réalisateurs laisseront leurs traces tout au long des années 1990 après le succès planétaire du "Silence des agneaux".

Ainsi, pendant la première moitié du film, Francis Dolarhyde (Tom Noonan) ayant décidé de prendre pour modèle Hannibal Lektor (Brian Cox) est absent de l'écran. Un parti pris radical. Ce sont en effet les tourments de Graham, très hésitant à reprendre du service, qui occupent la place. Michael Mann, misant beaucoup sur l'environnement esthétique aussi bien visuel que sonore, parvient avec brio à fasciner le spectateur qui suit la lente progression de Graham cherchant à s'imprégner de la personnalité de celui qui s'en prend à des familles qu'il massacre dans leur maison après les avoir longuement observées.

L'entrée en scène du tueur après une heure de métrage est ainsi soigneusement préparée pour nous conduire à un dénouement, certes attendu, mais qui ne sacrifie en rien à la recherche esthétique évoquée plus haut et à l'approfondissement de la psychologie du tueur déjà largement déflorée en amont par le travail du profiler.

Soucieux de l'originalité de son travail, Mann recherche avec un souci maniaque les lieux les plus propices à évoquer l'ambiance éthérée dont il veut imprégner le spectateur. Ainsi, la villa de l'architecte Robert Rauschenberg à Masonboro, le Richard Meier High Museum d'Atlanta ou encore la Freedom Plaza de Washington. Il distille aussi quelques scènes troublantes comme celle où Joan Allen, interprétant la fugace petite amie de Dolarhyde, caresse un tigre endormi sur la table d'opération d'un vétérinaire.

Là où Jonathan Demme nous prenait aux tripes avec l'imposante figure d'Hannibal Lecter se jouant tout au long du film de la détective du FBI (Jodie Foster) en charge de l'enquête venue solliciter son aide, Michael Mann nous propose un voyage sensoriel au caractère hypnotique qui nous emmène aux tréfonds de l'âme humaine. Deux expériences saisissantes qui ne peuvent laisser indifférents quelle que soit l'inclinaison de chacun. Mais il faut bien avouer que "Manhunter" doit beaucoup de sa réputation actuelle au succès du "Silence des agneaux", qui a incité les fans à se pencher sur cette vision assez unique du thriller qui peut tout autant fasciner que dérouter ou agacer.