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"Le crime de l'Orient-Express" version 1974

Hercule Poirot prend le train

titre original "Murder on the Orient Express"
année de production 1974
réalisation Sidney Lumet
scénario d'après le roman éponyme d'Agatha Christie
photographie Geoffrey Unsworth
interprétation Albert Finney, Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Sean Connery, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, Richard Widmark, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel
récompense Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Ingrid Bergman
version suivante "Le crime de l'Orient-Express", Kenneth Branagh, 2017

La critique de Pierre

C'est entre "Serpico" et "Un après-midi de chien" que Sidney Lumet, un réalisateur décidément éclectique, nous a gratifié de ce "Crime de l'Orient-Express" adapté d'Agatha Christie.

L'originalité du bidule, c'est le casting du film, composé de plein de vieilles stars hollywoodiennes (Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Richard Widmark) ou moins vieilles (Sean Connery, Anthony Perkins) ou moins hollywoodiennes (John Gieguld) ou moins stars (Martin Balsam). Le Poirot est joué par Albert Finney qui, à mon humble avis, surjoue comme un vieux porc (faut un temps d'adaptation).

C'est solide, ça se mate facilement. Bien entendu, tout ça dégage un parfum très suranné, mais je suppose que c'était déjà le cas à l'époque. Bref, si vous attendez "Just jack et justice" à la BO, vous repasserez. Donc, pas du tout un chef-d'œuvre, mais un bon film du dimanche soir.

La critique de Didier Koch

Entre deux films majeurs avec Al Pacino ("Serpico" en 1973 et "Un après-midi de chien" en 1975), Sidney Lumet contribua à relancer pour une petite décennie les adaptations des romans d’Agatha Christie au grand écran. Peu satisfaite globalement de la transposition de ses œuvres au cinéma, la vieille dame s'était laissée malgré tout convaincre par Lord Mountbatten d'autoriser son beau-fils, John Brabourne, à monter ce projet coûteux avec, à sa tête, Sidney Lumet.

"Le crime de l’Orient-Express", un de ses plus célèbres romans avec "Dix petits nègres", se passe essentiellement en huis clos dans un train, théâtre d’une sombre histoire de vengeance sur fond d'enlèvement d'enfant rappelant l'affaire Charles Lindbergh.

Forcément, la production est anglaise, obligeant Sidney Lumet à traverser l’Atlantique, ce qu’il avait déjà fait avec bonheur pour "The Offence" en 1972. Hercule Poirot, plus tard personnifié de manière récurrente par Peter Ustinov, est ici interprété par Albert Finney, obligé de se grimer pour paraître l’âge du détective belge.

Respectant à la lettre l’intrigue ciselée de la grande prêtresse du whodunit, Lumet imprime un style qui sera décliné avec un peu moins de panache dans les trois autres films mis en scène par John Guillermin et Guy Hamilton. La précision de la mécanique d’Agatha n’autorise pas beaucoup de digressions, et Lumet, en fin limier, a la sagesse de ne pas s’aventurer sur des voies de traverse hasardeuses.

Sa grande expérience des studios hollywoodiens et sa capacité à raconter une histoire lui permettent en revanche de donner du souffle à une intrigue assez statique. La pléiade d’acteurs sur le retour ou en devenir, venus se frotter à l’exercice périlleux de vouloir briller dans une courte apparition, est fort bien tenue en respect par Lumet, qui parvient à éviter le cabotinage qui guette à tout instant quand les égos s’entrechoquent. Pari tenu haut la main, Lumet réussissant la prouesse de faire nommer six fois cette production britannique aux Oscars, dont une statuette pour la prestation touchante d’Ingrid Bergman.

On est bien sûr très loin des films personnels à sujet intense dont raffolait Lumet. Mais on sait que l’art d’un réalisateur s’apprécie également dans sa capacité à réussir les figures imposées.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Davantage que l'intrigue artificielle et un peu vaine imaginée par Agatha Christie, c'est par son climat délicieusement suranné que le film séduit. Exotisme à l'ancienne des rues d'Istanbul grouillant d'une foule bigarrée ; frisson de plaisir de grand gosse devant ces trains de luxe qui nous font rêver ; délices des toilettes, des maquillages et des silhouettes démodées... Lumet a reconstitué avec un soin méticuleux un monde de luxe dépassé, mais dont le charme ne s'est pas éventé. Autre source de plaisir : la distribution. Les voyageurs sont interprétés par des acteurs connus, peut-être un peu oubliés alors, mais porteurs de notre nostalgie de cinéphile.