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"Last Days of Summer"

titre original "Labor Day"
année de production 2013
réalisation Jason Reitman
scénario Jason Reitman, d'après le roman de Joyce Maynard
photographie Eric Steelberg
musique Rolfe Kent
interprétation Kate Winslet, Josh Brolin, Gattlin Griffith, Tobey Maguire, J.K. Simmons

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Jason Reitman délaisse le ton acide et amusé de ses films précédents pour se plonger dans un drame, dont le thème rappelle vaguement celui de "La maison des otages" de William Wyler (1955), autour du bagnard en fuite prenant en otage une famille.

Adele (Kate Winslet) a sombré dans une grave dépression depuis que son mari l'a quittée et qu'elle vit seule avec son fils Henry (Gattlin Griffith) dans une petite bourgade du New Hampshire. Devenue asociale, Adele impose à son fils submergé par sa sexualité naissante une réclusion étouffante, dont Jason Reitman prend bien soin de nous montrer en préambule les effets dévastateurs sur Henry et sa mère. Ce morne quotidien va être rompu par le surgissement, au détour d'un rayon de la supérette locale, de Frank (Josh Brolin), détenu échappé d'un hôpital proche. Commence alors une liaison triangulaire, dont la nature doit beaucoup à la frustration sexuelle d'Adele que Frank détecte très vite et qui, dès lors, va faire prendre un tour inattendu à cette prise d'otages. Chacun va comprendre instinctivement que l'autre peut l'aider à se sauver de l'impasse.

Reitman s'efforce un peu maladroitement de transcrire le désir qui, progressivement, prend la place de la peur, usant de symboles parfois un peu grossiers comme le cours de cuisine improvisé où le très viril mais suave Josh Brolin montre, par le geste très rapproché à une Adele en pâmoison, comment réussir une tarte à la pêche devant un Henry interloqué mais aussi très concerné. On sent bien ici que Reitman, un peu calculateur, veut s'offrir sa scène torride d'anthologie dans la lignée de celle, inoubliable, entre Jack Nicholson et Jessica Lange dans "Le facteur sonne toujours deux fois" de Bob Rafelson (1981), où les corps déchaînés se mélangeaient à la farine. Cette volonté d'inscrire son film dans la veine sensuelle en fait perdre un peu à Reitman la progression du récit, qui s'avère un peu chaotique et au final peu crédible. Heureusement, Josh Brolin et Kate Winslet viennent à son secours et aident à nous faire croire à cette idylle improbable qui franchira les années de réclusion.

Gageons que Jason Reitman aura de lui-même compris cette escapade mitigée comme une invitation à retourner dans son domaine de prédilection.