Menu Fermer

"L'invasion des profanateurs"

titre original "Invasion of the Body Snatchers"
année de production 1978
réalisation Philip Kaufman
scénario d'après le roman de Jack Finney
photographie Michael Chapman
maquillage Tom Burman
interprétation Donald Sutherland, Brooke Adams, Jeff Goldblum, Leonard Nimoy, Veronica Cartwright, Kevin McCarthy, Robert Duvall, Don Siegel, Philip Kaufman
récompense Antenne d'or au festival international du film fantastique d'Avoriaz 1979
version précédente "L'invasion des profanateurs de sépulture", Don Siegel, 1956, États-Unis
versions suivantes • "Body Snatchers", Abel Ferrara, 1993
• "Invasion", Oliver Hirschbiegel, 2007

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Remake du film de Siegel, efficace mais inférieur à l'original.

La critique de Pierre

Dans la famille "Body Snatchers", je demande la version 70's, réalisée par Philip Kaufman ("L'étoffe des héros"), avec Sutherland père, Brooke Adams ("Dead Zone"), Goldblum et Leonard "Spock" Nimoy.

Bon, l'histoire est connue, c'est un grand thème de l'histoire du cinéma fantastique, qui marche à tous les coups. Comme toutes les histoires universelles, c'est adaptable à toutes les époques. Ainsi, alors que la version des années 50 était une charge anti-communiste primaire, l'idée du film est ici complètement inversée, pour rattacher le film à la mouvance paranoïaque des années 70 façon Pakula. Histoire de bien faire comprendre, les personnages n'arrêtent pas de dire au début "C'est un complot". Et Sutherland de parler à Brooke Adams de son mari, récemment assimilé par les E.T. : "Il est devenu un dangereux réac' !". Ça me va bien.

Par ailleurs, la photographie du film, très sombre, est très réussie, et les acteurs talentueux (Sutherland décidément génial). Le film insiste beaucoup sur l'aspect végétal des envahisseurs, qui rend le phénomène de leur assimilation particulièrement dégueu. Et quelle fin !

Mais dans mon souvenir, c'est la version de Ferrara de 1993 la meilleure, faut que je la revoie.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

"L'invasion des profanateurs" ("The Body Snatchers"), le roman de Jack Finney paru en 1955, fait régulièrement l'objet d'adaptations cinématographiques depuis la première proposée par Don Siegel en 1958. Le thème universel du double développé par le roman, trouve une résonance dans chaque époque, un peu à la manière de "L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde" de Robert Louis Stevenson.

Quand le projet lui arrive entre les mains, Philip Kaufman est encore un réalisateur en devenir qui, à plus de quarante ans, n'a pas réellement un horizon dégagé face à lui suite aux échecs commerciaux de ses quatre premiers films. Avec l'aide de W.D. Richter, il remanie légèrement le roman pour lui donner un aspect urbain plus à même, selon lui, de crédibiliser et donc de rendre plus insidieuse et angoissante la prise de possession des corps humains par des extra-terrestres.

Ce parti pris contraire à celui de Don Siegel, qui laissait planer un temps le mystère sur l'origine du changement de comportement des habitants d'une petite bourgade de Californie, place d'entrée le spectateur face à la question lancinante qui se posera constamment aux héros du film : "Qui ai-je en face de moi ?". Question douloureuse que l'on peut être quelquefois amené à se poser face à son propre reflet. En littérature, Guy de Maupassant avait ouvert le sujet de la plus brillante des manières dans "Le Horla". Ici, le problème est plus vaste et concret, car l'invasion est galopante.

Il s'agit donc, pour un petit groupe d'amis, de préserver son intégrité face à un phénomène paraissant irréversible. Le déni est tout d'abord l'attitude de Matthew Bennell (Donald Sutherland), inspecteur des services d'hygiène, face à sa charmante collègue laborantine (Brooke Adams) qui lui avoue, effrayée, ne plus reconnaître son mari (Art Hindle), persuadée qu'il est devenu quelqu'un d'autre. Mais le ver est dans le fruit, et le scepticisme de Matthew va très rapidement être pris à revers par l'attitude bizarre des gens qu'il croise après sa journée de travail. Vient ensuite la paranoïa quand chacun devient suspect, puis la fuite quand la certitude est acquise que les autres sont les plus nombreux.

Philip Kaufman gère particulièrement bien les enchaînements entre les différentes étapes, parsemant son récit d'impressions visuelles, tout d'abord anodines (regards fixes de personnages en arrière-plan, relations étranges entre certains passants qui semblent affairés par une tâche commune), qui prennent toute leur signification peu de temps après alors que la contamination gagne. Le recours limité aux effets spéciaux est plutôt bienvenu, car ceux-ci, assez peu convaincants, auraient tendance à dédramatiser le propos.

C'est donc aux acteurs que revient la lourde tâche de diffuser le climat d'angoisse inhérent au sujet. À ce jeu-là, Donald Sutherland, Veronica Cartwright et Leonard Nimoy sont parfaits, laissant à Brooke Adams le soin d'apporter l'atout charme que constitue sa fragile et mutine beauté (inoubliables roulements de pupilles face à un Donald Sutherland subjugué).

À l'époque de la sortie du film de Don Siegel, en pleine guerre froide, la métaphore anti-communiste était évidente, bien que Jack Finney a toujours nié que telle était sa volonté quand il a écrit le livre. Il est vrai que l'homme se sentant un peu seul sur la Terre, l'idée qu'il pourrait à jamais disparaître est une donnée constante de son imagination. Qu'il se rassure, personne d'autre que lui-même ne se chargera aussi bien de sa destruction. C'est sans doute ce que pensait Kaufman, dont la conclusion est particulièrement pessimiste. Vaste débat.

On notera que Philip Kaufman, non dénué d'humour, a multiplié les clins d'œil. Au premier film tiré du roman tout d'abord, en confiant de petits rôles à Don Siegel et Kevin McCarthy. À "L'Exorciste" ensuite, qui venait de révolutionner le genre horrifique, en habillant Robert Duvall d'une soutane lors d'une très courte apparition en début de film où, sans doute mutant désorienté, il joue de la balançoire dans un jardin public pour enfants.

© Chris Thornley (Raid71)

FilmsFantastiques.com, L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
La chronique de Gilles Penso