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"Kong: Skull Island"

« An uncharted island? Let me list all they ways you gonna die. »

titre original "Kong: Skull Island"
année de production 2017
réalisation Jordan Vogt-Roberts
scénario Dan Gilroy, d'après Merian C. Cooper et Edgar Wallace
photographie Larry Fong
musique Henry Jackman
interprétation Tom Hiddleston, Samuel L. Jackson, Brie Larson, John C. Reilly, John Goodman, Richard Jenkins

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

À chaque résurrection de King Kong, quoiqu'un peu sceptiques, les amoureux transis du film de Schoedsack et Cooper et de l'animation candide du grand singe par Willis O'Brien, le père des effets spéciaux, se précipitent comme un seul homme pour retrouver leur compagnon d'enfance, mais aussi pour comparer le nouvel opus à l'aune du film séminal. Depuis la version de Peter Jackson de 2005, force est de constater que les progrès époustouflants des effets spéciaux donnent à Kong et à son environnement une vraisemblance impressionnante. Étonnant dès lors, et même invraisemblable, que la version de 1933 garde toute sa force évocatrice.

"Kong: Skull Island", mis en scène par un jeune réalisateur quasiment novice (Jordan Vogt-Roberts), est la parfaite illustration de ce que l'on a perdu en 85 ans. Kong version 2017 est certes majestueux, et certains plans de son immense silhouette dans la jungle de Skull Island sont proprement hallucinants, notamment lors de l'arrivée des hélicoptères dans le soleil rougeoyant qui surplombe l'île, mais la poésie qui nimbait les rapports de Kong avec la belle Fay Wray et le mystère qui nous berçait tout le long du voyage jusqu'à Skull Island ont complètement disparu. Ce parfum qui nous vient d'une autre époque, aucune version postérieure n'a su en retrouver l'essence, y compris Peter Jackson qui s'en est approché, mais a sans doute anémié la force de son propos à trop vouloir étirer les préliminaires nous amenant jusqu'à Kong.

Partant de ce constat, la Warner n'a pas cherché à atteindre un graal inaccessible, mais plutôt à jouer à fond la carte de l'efficacité. De ce point de vue, le but est parfaitement atteint, et le spectateur en prend plein les mirettes et les oreilles. Replacée en 1973, l'action tente de se parer du charme des films sur le Vietnam en recyclant tous les tubes de Creedence Clearwater Revival, David Bowie et autre Jefferson Airplane sur fond de clins d'œil appuyés à quelques films cultes de l'époque comme "Apocalypse Now", "Duel dans le Pacifique" (John Boorman, 1968), ou encore "Cannibal holocaust" (Ruggero Deoadato, 1981) pour l'aspect gore. Pari à moitié réussi tellement la reconstitution de circonstance est détectable par tout œil un peu exercé.

Les quelques pointures enrôlées pour la circonstance comme Samuel L. Jackson, John Goodman ou John C. Reilly, affublées de rôles caricaturaux indignes de leur talent, semblent par moments se mouvoir comme des pantins qui ne reprendront forme humaine que caméra éteinte. Ne parlons pas de la belle jouée par l'insipide Brie Larson, à cent lieues de ses devancières (Fay Wray, Jessica Lange et Noami Watts), que même Kong a bien du mal à trouver à son goût.

Malgré ses énormes défauts, le film parvient à trouver un peu de substance grâce à la part belle laissée à Kong et à ses monstres, ainsi qu'aux sublimes paysages de Skull Island, ce qui visiblement était le but recherché. On peut tout de même se demander ce que ces démonstrations de virtuosité, à force de prédominance des effets spéciaux, ont encore à voir avec le cinéma. L'embauche de réalisateurs novices, mais parfaitement rodés aux langages avec les techniciens SFX, est à coup sûr le signe d'une dérive inquiétante.

Couverture du Cinefex d'avril 2017