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"Killer Joe"

titre original "Killer Joe"
année de production 2011
réalisation William Friedkin
scénario Tracy Letts, d'après sa propre pièce
photographie Caleb Deschanel
interprétation Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon, Thomas Haden Church

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

À l’approche de ses 80 ans, William Friedkin entend montrer qu’il n’a rien perdu de sa sagacité et de son pouvoir de choquer. Pour la deuxième fois après "Bug", il adapte une pièce de Tracy Letts, auteur à succès récompensé du prix Pulitzer en 2008.

La famille Smith est à coup sûr de la pire engeance, sans aucun sens moral quant à sa cohésion et au respect de chacun. Quand le fils envisage de liquider sa mère pour toucher une supposée prime d’assurance vie pouvant lui permettre de régler ses dettes de jeu, il reçoit aussitôt le soutien de sa toute jeune sœur et de son père un peu hésitant au démarrage, mais très vite convaincu par la perspective du gain. Non, vraiment, il n’y a rien à sauver chez la famille Smith, sur laquelle toutes les tares humaines semblent s’être abattues !

Quand l'on n'a aucun sens moral, on s’imagine sans doute que personne ne peut vous surpasser dans le domaine. C’est l’erreur que commettra la famille Smith en faisant appel à Killer Joe, flic local qui arrondit ses fins de mois en se muant à l’occasion en tueur à gages. Pour l’exercice de sa seconde profession, Killer Joe dispose de toute son expérience de flic et, quand nécessité l’impose, il peut même masquer certaines preuves en changeant de casquette. À l’absence de morale des Smith, Killer Joe ajoute une perversité qu’il mettra tout à loisir en œuvre en exerçant très rapidement un chantage sur la jeune Dottie, dont il exige la propriété sexuelle.

À partir de cette relation sordide qui se noue entre Killer Joe et les Smith, Friedkin fait monter la sauce d’un thriller noir et crasseux de la meilleure veine. Le tout en réussissant à ne jamais faire prédominer le gore et le trash sur une description sans fard d’une certaine classe populaire et marginale de l’Amérique.

Les acteurs sont tous justes, avec une prime pour la jeune Juno Temple, absolument confondante en baby doll tout en mélange de sensualité lascive et de candeur enfantine. Matthew McConaughey, quant à lui, se tire assez bien de ce rôle fortement ingrat, qui n’a pas dû susciter beaucoup de vocations chez ses collègues acteurs d’Hollywood.

Friedkin peut être rassuré, il n’est pas encore complètement rassis, même si l'on attend de lui, avant de tirer sa révérence, qu’il nous livre un dernier film plus ambitieux quant à sa finalité.