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"Judy"

Renée Zellweger is Judy Garland

titre original "Judy"
année de production 2019
réalisation Rupert Goold
scénario Tom Edge, d'après la pièce "End of the Rainbow" de Peter Quilter
photographie Ole Bratt Birkeland
musique Gabriel Yared
interprétation Renée Zellweger, Michael Gambon
récompense Oscar de la meilleure actrice pour Renée Zellweger

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Les biopics musicaux sortent depuis une vingtaine d’années à un rythme soutenu sans jamais recevoir l’approbation unanime de la critique, même si tout dernièrement, Rami Malek dans "Bohemian Rhapsody" et Renée Zellweger dans "Judy" ont tous les deux récolté un Oscar de la meilleure interprétation. "Judy", retraçant les derniers mois de Judy Garland alors qu’elle entame un tour de chant à Londres, n’a pas échappé à la règle, se faisant laminer par certains qui n’ont peut-être jamais vu un seul film de l'actrice et chanteuse.

Cinquante ans après la mort de celle qui fut, en 1939, à l’âge de dix-sept ans, l’inoubliable Dorothée Carter du "Magicien d’Oz" de Victor Fleming, entonnant avec sa voix précocement mature "Over the Rainbow", hymne d’une Amérique ayant surmonté la crise de 1929, il n’est pas étonnant qu’ait germé l’idée de rendre hommage à celle qui fut l’archétype de l’enfant-star d’Hollywood aux côtés des Jacky Coogan, Shirley Temple, Jacky Cooper, Mickey Rooney, Elizabeth Taylor ou Natalie Wood. Sans doute plus que tous les autres, elle symbolise le traitement inhumain réservé à des enfants doués de talent, pris en étau entre des parents (le plus souvent une mère) avides de se réaliser par procuration et des producteurs sans scrupule bien décidés à presser jusqu’à la dernière goutte un fruit à peine mûr en lui interdisant de suivre son développement naturel.

Le film, inspiré d’une comédie musicale ("End of the Rainbow" de Peter Quilter), distille quelques flash-backs très édifiants sur ce que la jeune Judy Garland, livrée à elle-même, a dû subir d’un Louis B. Mayer (patron de la MGM) tyrannique qui, dès ses treize ans, exploita sa star sur plus de trente films, avant de la laisser exsangue et désorientée à seulement 28 ans. Elle ne tournera plus que sept films durant les 21 ans qui lui restent à vivre.

Comme toujours chez les acteurs américains, l’investissement dans ce type de rôle est total, et Renée Zellweger n’est pas en reste, délivrant une prestation aussi troublante qu’émouvante à travers le drame de cette femme qui n’a jamais appris à prendre la direction de sa vie. Malgré l’addiction aux médicaments et à l’alcool comme dangereux subterfuge à la solitude, ressort de la formidable interprétation de Renée Zellweger, le côté bon soldat de Judy Garland appris à l’impitoyable école de la MGM. Revers désolant de l’âge d’or d’Hollywood. Le scénario écrit par Tom Edge ne tombe donc jamais dans le pathos, montrant une Judy Garland toujours digne et concluant triomphalement sa tournée londonienne. Elle ne mourra que six mois plus tard.

À chacun de se faire une opinion selon sa propre sensibilité et l’idée qu’il se fait d’une star qui, avant d’entamer la partie la plus douloureuse de sa vie, celle de l’oubli, aura su saisir l’occasion de livrer sa vérité sous la forme d’un testament artistique dans "Une étoile est née", le magnifique film de George Cukor sorti en 1954. Puisse "Judy" nous rappeler à son souvenir.