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"Hot spot"

titre original "The hot spot"
année de production 1990
réalisation Dennis Hopper
interprétation Don Johnson, Virginia Madsen, Jennifer Connelly

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Splendide film noir qui renoue magnifiquement avec la grande tradition : intrigue embrouillée, mort et sexe, et héroïne naturellement perverse. Virginia Madsen est d'une terrible sensualité, disposant de Don Johnson comme elle l'entend. Très belle photographie.

La critique de Didier Koch

La carrière de réalisateur de Dennis Hopper aura été assez limitée avec sept longs métrages, mais elle recèle de sacrés bons films comme ce "Hot spot", ode amusée au film noir et hommage au blues lancinant des Taj Mahl et autres John Lee Hooker.

Dans un bled paumé du Texas débarque Don Johnson (encore auréolé du succès planétaire de la série "Deux flics à Miami"), alias Harry Madox (tout un programme!), beau gosse un peu brigand n'ayant pas froid aux yeux qui se trouve rapidement un job dans la seule concession automobiles du coin. Là se trouvent la belle secrétaire diaphane, Jennifer Connelly dans un de ses tout premiers rôles, qui porte un terrible secret et la femme du patron (Virginia Madsen, la sœur de Michael), bombe sexuelle en panne d'exercices physiques mais surtout bien trop belle pour son mari déjà sur le retour.

Pratiquement sans préambule, Hopper nous livre en plein cagnard tous les ingrédients du film noir traditionnel qu'il entend se réapproprier en poussant les canons du genre à leur paroxysme pour réussir à marcher tout au long de cet exercice périlleux sur le fil étroit tendu entre la caricature et l'hommage vibrant. Inutile de s'étendre plus longtemps sur une trame courue d'avance dont seul importe comment elle nous est racontée. Elle le sera magnifiquement.

Jack Nitzsche, le grand arrangeur trop tôt disparu, n'est pas pour rien dans l'alchimie magique de ce sublime ouvrage, trouvant chez les grands maîtres du blues l'accord juste pour accompagner la sensualité torride et moite qui exsude de ce trio infernal. Accompagné de son compositeur et de son opérateur débutant Uieli Steiger, le réalisateur qui se délecte derrière sa caméra nous immerge avec volupté dans ce Sud fantasmé qui nous hérisse le poil, de plaisir bien sûr !

Si le trio amoureux maléfique occupe la presque totalité de l'écran, Hopper qui a opéré en tant qu'acteur chez les plus grands, d'Elia Kazan à Nicholas Ray en passant par Henry Hathaway, Orson Welles ou Wim Wenders, n'oublie pas qu'un très bon film ne peut être complet si les seconds rôles ne sont pas parfaitement dessinés. Il a donc pris un soin particulier à "fleurir" son brûlant désert de quelques tronches roboratives dont un William Sader impeccable en maître-chanteur reptilien à souhait et un Charles Martin Smith succulent en vendeur tête à claques chargé de faire briller par contraste le charme suave du beau Don Johnson. Lui et ses deux partenaires parfaitement dirigés ont manifestement pris plaisir à se mouvoir sous leur meilleur jour dans cette pochade emballée dans un écrin scintillant encore magnifié par l'édition Blu-ray de chez Wild Side Video toute récente qui restaure le film dans toute sa luminosité.

Si vous n'avez pas encore été piqué par le parfum vénéneux de "Hot spot", relevez votre chemise et tendez votre bras, c'est une des rares addictions recommandables. Qui d'autre que Dennis Hopper, le biker d'"Easy rider", pouvait insuffler autant de dérision contrôlée au genre noir ?