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"Hannah et ses sœurs"

titre original "Hannah and her sisters"
année de production 1986
réalisation Woody Allen
scénario Woody Allen
photographie Carlo Di Palma
montage Susan E. Morse
musique Bach, Puccini, Count Basie
interprétation Woody Allen, Mia Farrow, Michael Caine, Dianne Wiest, Barbara Hershey, Maureen O'Sullivan, Lloyd Nolan, Carrie Fisher, Max von Sydow, John Turturro, Daniel Stern
récompense • Oscar du meilleur scénario original
• Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Michael Caine
• Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Dianne Wiest

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Saga familiale et sentimentale où se reconnaît l'influence de Bergman combinée à une fidélité à un genre typiquement américain. On retrouve avec plaisir dans le film deux vieux hollywoodiens, Lloyd Nolan et Maureen O'Sullivan, mère de Mia Farrow.

La critique de Didier Koch

Avec "Hannah et ses sœurs", Woody Allen renoue avec le marivaudage introspectif qu’il avait un peu délaissé depuis "Comédie érotique d’une nuit d’été". Bien lui en prendra, car le film sera son plus gros succès depuis "Manhattan". Il se remet à nouveau en scène avec ses tourments métaphysiques clairement traduits par une hypocondrie envahissante et hilarante déjà subrepticement évoquée dans "Annie Hall", mais il choisit cette fois de se décentrer par rapport à l’intrigue principale qui concerne trois sœurs dont la vie sentimentale est largement compliquée par la difficulté de deux d’entre elles, Lee (Barbara Hershey) et Holly (Dianne Wiest), à se choisir une voie, se sentant un peu étouffées par Hannah (Mia Farrow), la seule qui a réussi dans le spectacle comme leurs parents eux-mêmes artistes professionnels à la retraite (Maureen O’Sullivan et Lloyd Nolan).

Chérie de ses parents, Hannah, qui subvient financièrement aux besoins de ses deux sœurs, leur tend à son insu un miroir déformant où se reflète en permanence l’échec de leur vie. Nées dans une famille juive aimante, les trois sœurs ont su malgré tout conserver leur unité malgré le déroulement complexe de leur vies amoureuses dans lesquelles Elliot (Michael Caine),  le mari d’Hannah, va un temps venir jouer le trublion en tombant amoureux de Lee.

Avec ce tableau de famille pour le moins foutraque, Woody Allen, comme toujours à l’écriture du  scénario, a réuni tous les éléments utiles à l’exposition de situations cocasses, qu’adroitement il présente en saynètes sous-titrées, entrecoupées des errements médicaux et existentiels de Mickey (Woody Allen), l’ex-mari d’Hannah.

Ayant cessé sa collaboration avec Gordon Willis, Allen s’est adjoint les services de Carlo Di Palma, opérateur italien (Rossellini, Antonioni, Monicelli, Pietri) qui l’accompagnera jusqu’à "Harry dans tous ses états" (1997) pour mettre en valeur sa ville chérie de New York de manière plus intimiste mais toujours au son des musiques de Cole Porter ou de Count Basie parsemées de quelques extraits du concerto pour clavecin n°5 en fa mineur de Jean-Sébastien Bach.

Plus léger qu’"Annie Hall" ou "Manhattan" dans lesquels Allen se penchait avec nostalgie sur ses amours passées, "Hannah et ses sœurs" forme une sorte de continuité avec "Comédie érotique d’une nuit d’été", fruit de sa première collaboration avec Mia Farrow, sa nouvelle muse.

Michael Caine, tout ravi de se trouver là, nous gratifie d’un numéro de grande classe, volant presque la vedette dans le registre comique à Allen. Il faut le voir, tel un adolescent trop vieux dans son manteau mal ajusté, faire en courant le tour d’un pâté de maisons pour croiser innocemment sa belle-sœur dont il s’est mis en tête de faire la conquête. Un Oscar du meilleur second rôle viendra récompenser cette coupable escapade. Deux autres statuettes viendront récompenser le film (meilleur scénario et meilleur second rôle pour Dianne Wiest).

Woody Allen est amoureux, et il le fait transparaître dans son film, tous les petits tourments et incartades de chacun venant s’échouer en douceur dans un final où tout rentre dans l’ordre autour de l’éternelle famille réunie pour Thanksgiving. Il est vrai que tous nos petits déboires amoureux sont  choses futiles comparés au vide éternel, comme nous l’a joyeusement (pas toujours) expliqué Allen à longueur de film.