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"Dans l'ombre de Mary : la promesse de Walt Disney"

titre original "Saving Mr. Banks"
année de production 2013
réalisation John Lee Hancock
musique Thomas Newman
interprétation Emma Thompson, Tom Hanks, Colin Farrell, Paul Giamatti, Jason Schwartzman

La critique de Didier Koch

Walt Disney demeure une icône en Amérique, même si son aura s'est un peu effacée sous l'avalanche des productions animées assistées par ordinateur de ces vingt dernières années. A son époque de gloire, des années 40 à 60, les productions Disney étaient les seules à faire l'évènement dans leur domaine.

Sans doute à cause de sa propension à l'hégémonie, l'image du génial créateur a été écornée dès sa disparition en 1966. On lui a d'abord reproché la mièvrerie de ses productions comparées à la corrosiveté des brûlots d'un Tex Avery, on s'est ensuite offusqué de son sens aigu du business bien éloigné du monde enchanté de ses longs métrages. Réputé pour être un impénitent conservateur anti-communiste on lui a promptement imaginé des sympathies nazies. Enfin, on a mis en doute ses réels talents artistiques, voyant en lui un manager entreprenant plutôt qu'un artiste.

Toutes ces allégations s'appuient sans doute sur une part de vérité, mais rien n'effacera la magie et la poésie naïve que ressent le spectateur devant l'imaginaire foisonnant de Walt Disney. A travers cet épisode relatant les efforts de Disney pour convaincre l'écrivaine australienne Pamela Lyndon Travers de lui laisser adapter selon ses principes les aventures de Mary Poppins, c'est à coup sûr une volonté mémorielle et de réhabilitation qui anime les studios Disney. C'est bien parce qu'il avait une vision très précise de la transposition du roman que Disney mit près de vingt ans pour convaincre l'auteure de lui céder ses droits.

Le film est bien sûr dans l'esprit des productions du studio, on ne pouvait en attendre moins sur cet exercice. Certains verront dans "Saving Mr. Banks" un mélo dégoulinant de bons sentiments offrant un portrait ripoliné du bon Walt transformé en papy gâteau par un Tom Hanks fort à son aise dans un registre qu'il maîtrise parfaitement. Mais il ne faut sans doute pas s'arrêter à tout cela si l'on ne veut pas passer à côté de ce qui fait l'intérêt majeur du film, l'apprivoisement progressif d'une femme acariâtre (magnifique Emma Thompson), jalouse de son œuvre qui finit par rendre les armes devant la ruse magnanime du producteur et sa force de conviction qui transparaît dans toute son œuvre.

Le cinéma doit se nourrir de tout ce qui fait notre humanité et, à côté des cinéastes engagés, il faut aussi des Walt Disney pour nous faire croire un moment que la forêt proche de chez nous est peuplée d'animaux qui nous ressemblent.