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"City of crime"

Wanting a man dead can be reason enough to live.


titre original "City of industry"
année de production 1997
réalisation John Irvin
photographie Thomas Burstyn
interprétation Harvey Keitel, Timothy Hutton, Stephen Dorff, Famke Janssen, Lucy Liu, Elliott Gould

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Tous les charmes de la série B, le cinéma tel qu'on l'aime. Harvey Keitel est remarquable comme à l'habitude, vulnérable et indestructible dans sa volonté de venger son frère. Famke Janssen se révèle une admirable actrice en veuve qui cherche à échapper au Milieu. Magnifiques décors de motels et de bars, trognes impressionnantes des troisièmes couteaux, fusillades spectaculaires et pudeur des sentiments : "City of crime" s'inscrit dans la tradition des grands thrillers.

La critique de Pierre

D'abord conçu pour être un remake de "Bob le Flambeur" de Jean-Pierre Melville, le projet (envisagé à un moment par John Woo) a finalement dû emprunter une autre direction pour des raisons juridiques. Mais l'idée de s'inspirer de Melville reste néanmoins palpable dans le scénario et la mise en scène. Ainsi, comme chez le célèbre réalisateur français, l'histoire reprend les grands archétypes du genre : Lee Egan (Timothy Hutton, "La part des ténèbres"), un braqueur sérieux, organise le casse d'une bijouterie et forme équipe avec son grand frère Roy (Harvey Keitel), un pro vieux de la vieille au verbe court, impressionné par rien ni personne. Sont également de la partie Jorhe Montana, latino guetto-style marié à Rachel (Famke Janssen, "X-men") et le jeune et imprévisible Skip (Stephen Dorff, "Blade"). Le hold-up se déroule avec succès, mais juste après, au moment du partage, Skip distribue des pruneaux à tout le monde pour garder le butin. Seul Roy s'en sort, blessé mais vivant. Et croyez-moi, avoir Roy Egan au derche, il vaut mieux s'en passer, d'autant que ce dernier est décidé coûte que coûte à venger la mort de son frère.

Si l'histoire de "City of crime" est bien connue, sa mise en scène contient en revanche des coups de génie inattendus. Dès les premières images - des autoroutes qui défilent en noir et blanc sur la musique de Massive Attack ("Three") - il se passe quelque chose : on est happé. Le spectateur découvre, tout au long du film, un visage de la côte ouest jusqu'alors inconnu : ses quartiers pauvres à la limite des bidonvilles, ses usines désaffectées, ses hôtels vraiment crados et paumés, autant d'endroits rarement vus dans un film hollywoodien.

Le film bénéficie également d'un casting impressionnant, au premier rang duquel il y a bien sur Keitel, à l'époque où il ne cachetonnait pas encore à tout va. Dans une séquence étourdissante, il essaie, après la mort de son frère, de jouer à une réussite et entre subitement dans un état de rage tétanisant, beuglant et frappant sa table comme un animal : inoubliable. On retrouvera également une multitude de seconds rôles sympathiques, notamment des apparitions de Lucy Liu à Elliott Gould (non crédité) qui ajoutent une saveur indéniable à l'ensemble.

"City of crime" évite aussi de nombreux défauts communs aux films américains récents : pas d'explication psychologique, pas de twist scénaristique sorti d'une pochette surprise, de rebondissement idiot à la "Usual suspects", pas de sentimentalisme hors sujet. L'auteur assume parfaitement la simplicité de son script et mène le film jusqu'à son terme, forcément dans la brutalité et la tragédie. Tout ça, c'est déjà formidable.

Alors, bien sûr, on peut dire, pour être honnête, que le film peine un peu dans son dernier acte. Les évènements s'enchaînent trop rapidement et les auteurs ont manifestement des difficultés à apporter une conclusion aux nombreuses pistes ouvertes par le scénario. Aucune explication n'est apportée sur les différents gangs, black et chinois, évacués en deux secondes alors qu'ils apparaissaient avoir une importance essentielle dans l'histoire. Tout cela sent la scène coupée à plein nez pour amener le film à une durée d'1h30.

En dépit de ces quelques défauts sans importance, "City of crime" reste passionnant et émouvant de bout en bout, et s'impose comme une référence du « polar hard-boiled » au cinéma. En effet, le film a su pleinement transposer à l'écran l'univers de ce sous-genre hérité de la littérature américaine de série noire des années 40, qui se caractérise par la lutte d'un personnage individualiste dans un contexte urbain et brutal. De nombreux films récents viendront creuser ce même sillon, notamment grâce à Brian Helgeland, scénariste de "L.A. Confidential", "Payback" et "Man on fire".

À sa sortie, "City of crime" a été complètement lâché par son studio, Orion Pictures, et n'a récolté que des critiques mitigées. Mais aujourd'hui, le temps est venu de résister. Il est désormais du devoir de chacun de se rendre à sa boutique préférée ou sur Internet pour se procurer une édition DVD de ce film. L'heure de la vengeance a sonné !

Très peu de spectateurs ont vu à sa sortie "City of crime", film de gangsters réalisé par John Irvin ("Le Contrat"). En dépit de son budget modique, le film ne rentrera même pas dans ses frais, après avoir bénéficié d'une sortie confidentielle en salle et en DVD. Autant le dire tout de suite : ce film a été complètement relégué aux oubliettes. Et c'est un p... de scandale.

PS : LA grande réplique du film : Famke Janssen demande à Keitel : « So what did he do to you? Why don't you go to the police? » Réponse : « I'm my own police. »

Interview de Thomas Burstyn, directeur de la photographie (propos recueillis par Pierre)


Thomas Burstyn, le chef op' de "Crying freeman" (Christophe Gans) !
Site Internet officiel : www.tomburstyn.com/homepage.htm

Quelles étaient vos intentions dans les choix des lieux du tournage et comment les avez-vous filmés ?
Hollywood est une communauté prétentieuse. Les films tournés à Los Angeles montrent tous une ville identique et répondent aux mêmes conventions : les rues sont mouillées, la lumière est bleue, le décor ressemble à celui des comic books.
Pour ma part, j'ai gardé à l'esprit que Los Angeles a été bâtie au milieu du désert, comme un défi contre le désert. C'est un endroit sale et poussiéreux. Les rues devaient donc être sèches : je n'ai donc pas mis d'eau sur les trottoirs et j'ai même ajouté de la poussière devant la caméra.
Lorsque je tourne avec John Irvin, nous choisissons souvent au début du tournage l'œuvre d'un peintre comme référence esthétique. Pour "City of crime", notre influence majeure a été l'œuvre d'Edward Hooper. J'ai donc beaucoup utilisé les couleurs jaune, ocre, rouge ou verte dans des tons sombres.

Comment évolue l'éclairage au cours du film ?
John Irvin souhaitait que les premières scènes interviennent en plein jour. Puis, le film devient de plus en plus sombre au fur et à mesure que Keitel perd toute émotion. Enfin, le film se conclut tout de même dans la lumière avec le personnage de Famke Janssen.

Harvey Keitel a indiqué que le rôle de Roy Eagan était très proche de sa personnalité. Quelle a été son implication sur le tournage ? A-t-il été fidèle à sa réputation d'acteur difficile ?
Oui, c'est un acteur très difficile, voire méchant. Sur ce tournage, il s'en est particulièrement pris à Famke (Janssen) et moi-même. Il estimait notamment que le film n'était pas assez orienté sur son travail d'acteur. Mais c'est un très grand professionnel. Il est très concentré, une seule prise lui suffit et c'est toujours la meilleure.
Notamment pour la scène où il joue au solitaire, il a été très nerveux et il a eu besoin d'un long moment de discussion avec John Irvin pour savoir comment exprimer sa rage intérieure. J'ai suggéré que cette scène soit tournée en une prise, avec 2 caméras, et ça a finalement été le cas.
J'avais prévu de filmer un plan où Keitel écrivait un numéro de téléphone sur un morceau de papier posé sur une vitre de son hôtel, et où les numéros devaient se refléter au travers de la vitre sur le sol de la chambre. Afin de bénéficier de l'éclairage nécessaire, nous devions tourner à un moment précis de la journée. Hélas, Keitel n'a pas quitté sa caravane et j'ai été très déçu de ne pouvoir inclure ce plan dans le film.

Avez-vous tourné des scènes qui ont été exclues du montage final ?
Je crois avoir filmé une ou deux séquences où le personnage de Lucy Liu était torturé par des gangsters chinois.

Comment expliquez-vous l'échec public du film ? Pensez-vous qu'il a été desservi par une comparaison inappropriée avec "Reservoir dogs" ?
"City of crime" a été complètement abandonné par le studio. Il n'a eu aucun marketing ni publicité et n'a été laissé à l'affiche que deux semaines. Le film n'avait rien à voir avec du Tarantino, c'était plutôt un film noir dans le style de ceux des années 40.

Voyez-vous une parenté entre "City of crime" et les films de gangsters de Michael Mann, comme le récent "Collatéral" ?
Je vous remercie de cette comparaison, car bien sûr, j'adore les films de Michael Mann. "City of crime" a certainement des similarités avec "Heat" ou "Collatéral", mais Michael Mann est peut-être plus gentil avec son public, il ne montrerait pas une scène finale aussi brutale que celle de "City of crime" où Harvey Keitel frappe Stephen Dorff jusqu'à la mort.