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"Cinglée"

titre original "Nuts"
année de production 1987
réalisation Martin Ritt
scénario Alvin Sargent, Darryl Ponicsan et Tom Topor, d'après la propre pièce de ce dernier
photographie Andrzej Bartkowiak
interprétation Barbra Streisand, Richard Dreyfuss, Maureen Stapleton, Eli Wallach, Leslie Nielsen, Karl Malden

La critique de Didier Koch

Le projet d'adaptation de "Nuts", la pièce de Tom Topor sortie en 1979, est dans les mains de la Universal dès 1980. En 1982, Mark Rydell est annoncé pour diriger le film avec Debra Winger dans le rôle de Claudia Draper, la jeune prostituée accusée du meurtre d'un de ses clients que ses parents, riches bourgeois, avec la complicité de leur avocat, veulent faire interner plutôt que de lui laisser affronter un procès comme elle le souhaite. Debra Winger, qui vient de remporter un succès critique pour "Officier et gentleman" (Taylor Hackford, 1982), est alors l'actrice en vogue dont le caractère bien trempé et les caprices électrisent les plateaux de tournage.

Mais Barbra Streisand, qui vient de remporter un franc succès avec "Yentl" dont elle a assuré elle-même la réalisation, souhaite le rôle et intrigue en coulisses pour changer le cours des choses. Mark Rydell étant sorti du projet, la Universal passe la main et laisse la Warner s'engouffrer dans la brèche. "Cinglée" devient alors "le film" de Barbra Streisand. Martin Ritt, en perte de vitesse depuis "Norma Rae" qui a été le couronnement critique de sa carrière (Oscar pour Sally Field), semble n'avoir été qu'un faire-valoir afin de laisser Miss Streisand orienter à sa guise ce film où elle se taille la part du lion avec un rôle à très forte dimension dramatique qui pourrait lui valoir l'Oscar. Autour d'elle, le casting est de tout premier plan, avec des acteurs au talent plus que confirmé comme Richard Dreyfuss, Karl Malden, Eli Wallach, Maureen Stapleton, Leslie Nielsen, James Whitmore ou Robert Webber.

Les enjeux sont parfaitement exposés, mais le scénario écrit à six mains, dont celles de Tom Topor, ne parvient pas à gommer l'aspect statique de la pièce de théâtre originelle et surtout dessine de manière trop stéréotypée les personnages. Martin Ritt, certainement en retrait et peu concerné (il mourra trois ans plus tard), l'attention est exclusivement portée sur Barbra Streisand, dont la sincérité et l'engagement ne l'empêchent pas d'être par instants à la limite du cabotinage. Ce film de procès dans la pure tradition hollywoodienne finit donc par pâtir quelque peu du manque de fluidité de la mise en scène, qui donne l'impression que tout ce casting prestigieux est un peu laissé en jachère.

"Cinglée" reste malgré tout intéressant pour la hardiesse de son sujet qui Spoiler: aborde l'inceste frontalement alors qu'il était encore un tabou insurmontable à l'époque et pour se rendre compte que, malgré quelques boursouflures dans son jeu, Barbra Streisand avait plus d'une corde à son arc. Mais il n'est en rien représentatif de la filmographie de Martin Ritt, qui reste encore aujourd'hui un réalisateur injustement sous-évalué.