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"Casino"

titre original "Casino"
année de production 1995
réalisation Martin Scorsese
scénario Martin Scorsese et Nicholas Pileggi, d'après le roman de ce dernier
photographie Robert Richardson
musique Georges Delerue
montage Thelma Schoonmaker
production Barbara De Fina
interprétation Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci, James Woods, Frank Vincent, Catherine Scorsese

Le générique de Saul Bass : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Depuis 1973 et la sortie de "Mean streets", Martin Scorsese ne tourne presque plus exclusivement qu’avec Robert De Niro. À la veille du tournage de "Casino", ce ne sont pas moins de sept films, tous reconnus de la critique et du public, qui ont vu le jour. "Taxi driver" (Palme d’or à Cannes en 1976), "Raging Bull" (Oscar pour De Niro en 1981) et "Les Affranchis" (Oscar pour Joe Pesci en 1991) furent autant de chocs visuels et narratifs qui ont influencé les cinéastes des générations suivantes.

Malgré cette reconnaissance critique, le réalisateur a du mal à convaincre quand il sort du créneau qu'il maitrise le mieux, celui du film urbain décrivant essentiellement les mœurs des petites frappes, des gangsters et de la faune périphérique qui gravite autour. Ses approches de sujets plus vastes à portée historique ou littéraire comme "La dernière tentation du Christ" ou "Le temps de l’innocence" se sont heurtées à une réticence de la critique jugeant son style acéré et violent inadapté à une forme de cinéma réputé plus introspectif et intellectuel.

L’échec commercial du "Temps de l’innocence" l'amène donc à se tourner à nouveau vers son acteur fétiche pour ce qui sera le film somme et conclusif de leur parcours commun. Joe Pesci sera à nouveau de la partie, ainsi que Nicholas Pileggi, déjà auteur et scénariste sur "Les Affranchis". Les petites frappes de "Mean streets" ont désormais gravi les échelons et sont partis à la conquête de Las Vegas, empire du jeu, lieu de tous les excès et de toutes les corruptions.

Sam "Ace" Rothstein (De Niro), petit bookmaker talentueux de Kansas City, a été choisi par la mafia de Chicago pour tenir un de leurs nombreux casinos servant de machine à laver l'argent sale des trafics illégaux. Toutes les portes semblent donc s’ouvrir devant lui, porté par son caractère méticuleux obsessionnel qui fait merveille dans cet univers entièrement organisé autour de la collecte de l’argent des parieurs et le contrôle des tricheurs, dont Scorsese nous fait une description imagée et très didactique pendant plus de 45 minutes par le biais des voix off d’Ace et Nicky (Joe Pesci), qui vont par la suite nous offrir leurs visions opposées d’une descente aux enfers rapidement devenue inéluctable.

Tiré de l’histoire réelle de Frank Rosenthal, "Casino" constitue un argument de plus en faveur des tenants du déterminisme social cher à Emile Durkheim, qui veut que les comportements individuels soient dépendants de l’origine sociale. La solide amitié qui unit Ace et Nicky depuis l’enfance ne résistera pas aux pièges tendus par l’apprentissage du pouvoir et de son miroir aux alouettes que constituent tous les attributs qui l’accompagnent. Pour Ace, ce sera Ginger (Sharon Stone), prostituée de grand chemin qu’il décrit alors qu’il est encore lucide de la manière suivante : « Son rôle dans la vie, c'était de faire tourner l'argent. Elle aidait les gros flambeurs à faire pleuvoir l'argent. Les professionnelles intelligentes comme elle, pouvaient tenir un type éveillé pendant deux ou trois jours avant de le renvoyer tondu à zéro vers bobonne et ses conseillers bancaires. »

Tout était donc écrit d’avance, et c’est une sorte de tragédie grecque rock’n’roll et cocaïnée que propose Scorsese, vue par la critique de l’époque comme une redite un peu vaine du procédé déjà utilisé pour "Les Affranchis" de la description par son propre acteur (ici deux) de son ascension suivie de sa chute. On ne peut pas nier cette impression de déjà vu et peut-être y voir comme l'annonce d'un essoufflement créatif.

Avec le temps, le film a été réévalué, notamment parce qu’il a marqué la fin de la collaboration entre Scorsese et De Niro. Les deux hommes sont partis alors dans des directions n’ayant plus grand rapport avec leur glorieuse épopée. Scorsese, après deux films confidentiels qui ont confirmé les limites de son champ d’action ("Kundun" et "À tombeau ouvert"), s’est lancé dans une nouvelle collaboration au long cours avec le jeune prodige Leonardo DiCaprio qui, marquant son entrée dans l'univers des films à gros budgets, a définitivement assis sa respectabilité, mais aussi quelque peu atténué la rage qui habitait jusque-là son cinéma.

De Niro, après "Heat" et "Jackie Brown", a semblé renoncer à sa légendaire rigueur artistique, alternant participations à des comédies ou films d’action formatés et apparitions furtives dans des films plus ambitieux dont il ne semble plus vouloir porter seul la charge.

Avec le recul, les néons de "Casino" illuminent de manière splendide, hors et sur l’écran, le crépuscule d’une des plus fructueuses et créatives collaborations qu’ait engendré la Mecque du cinéma.

Martin Scorsese, un réalisateur fidèle

"Casino" marque sa 8e collaboration avec l'acteur Robert De Niro, sa 3e avec les acteurs Joe Pesci et Frank Vincent, sa 11e avec la monteuse Thelma Schoonmaker, sa 7e avec son ex-femme et productrice Barbara De Fina, sa 4e avec le graphiste Saul Bass et sa 2e avec l'écrivain Nicholas Pileggi. Il s'agit de sa première collaboration avec le chef-opérateur Robert Richardson.

Curiosité

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard (précisons que le collaborateur en charge de l'analyse de la quasi-totalité des films avec Sharon Stone est un inconditionnel, un fan absolu de l'actrice.) : « Sharon Stone, couronnée par le Golden Globe de la meilleure actrice en 1996 pour sa bouleversante création de Ginger McKenna, et alors même que sa composition exprime l'intensité des plus puissantes figures dostoïevskiennes, s'impose plus que jamais comme la plus grande et la plus belle tragédienne de ce XXe siècle. »

Casino - photo 3

Casino - photo 4

Martin Scorsese et Robert De Niro sur le tournage
Martin Scorsese, Joe Pesci et Robert De Niro sur le tournage
Martin Scorsese et Joe Pesci sur le tournage
Martin Scorsese et Sharon Stone sur le tournage

Couverture du Los Angeles Times Calendar du 5 février 1995

Couverture du Los Angeles Times Calendar du 19 novembre 1995
Couverture du Positif de mars 1996