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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan"

titre original "BlacKkKlansman"
année de production 2018
réalisation Spike Lee
scénario Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Kevin Willmott et Spike Lee, d'après le livre éponyme de Ron Stallworth
photographie Chayse Irvin
musique Terence Blanchard
montage Barry Alexander Brown
interprétation Alec Baldwin, John David Washington, Adam Driver, Harry Belafonte, Paul Walter Hauser
récompenses • Oscar du meilleur scénario adapté
• Grand prix au festival international du film de Cannes 2018
Les ressources pédagogiques du site Zéro de conduite
Fiche d'activités : Analyzing racial antagonism and diverging perspectives in "Blackkklansman"
Discipline : anglais - Niveau : lycée
Article (critique) : L’incroyable histoire vraie d’un policier noir infiltré dans le Ku Klux Klan
Discipline : anglais - Niveau : lycée

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Il ne faut pas s'attendre à ce que Spike Lee, arrivé à 60 ans après une carrière de réalisateur riche de 24 longs métrages sur plus de 35 ans, change son fusil d'épaule, lui qui est ouvertement, depuis ses débuts, un ardent défenseur de la cause noire aux États-Unis. Il a exploré la problématique à travers tous les genres avec un talent jamais démenti, même si l'intransigeance et les outrances dont il fait quelquefois preuve lui ont valu des polémiques avec des collègues réalisateurs comme Clint Eastwood ou Quentin Tarantino.

Avec "BlacKkKlansman" inspiré du livre témoignage de Ron Stallworth, premier policier afro-américain de la ville de Colorado Springs, il livre sans aucun doute son meilleur film depuis "La 25ème heure". Le réalisateur madré choisit astucieusement de profiter du contexte particulier des années 1970 pour s'emparer du sujet épineux des suprématistes blancs symbolisé par le Ku Klux Klan, en le tournant en ridicule via une comédie policière grandement orientée par l'histoire de Ron Stallworth (John David Washington), qui a réussi à infiltrer la section locale du Klan en se faisant pour un blanc raciste de la pire espèce, allant même jusqu'à prendre la présidence de la section.

Connaissant la fécondité narrative de Spike Lee, qui écrit seul ou accompagné la plupart de ses scénarios, celui-ci n'a eu aucun mal à tirer la pelote pour tout à la fois nous amuser et nous horrifier. Nuançant clairement son propos en montrant que des policiers blancs "pur sucre" peuvent fraterniser avec un jeune collègue noir, Spike Lee a grandement servi la cause qu'il veut défendre. Tout de même prudent, craignant que certains spectateurs ne se bercent d'illusions sur la réalité de l'Amérique de 2018, il prend soin, à la toute fin de cette pochade souvent très drôle, de rappeler que l'hydre raciste n'a pas disparu, en montrant les images de la journée tragique du 12 août 2017. Ce jour à Charlottesville (Virginie), en marge d'une manifestation d'extrême droite contre l'enlèvement de la statue de général Robert Lee, une voiture fonça droit sur des contre-manifestants, tuant une jeune femme.

Formidablement interprété, notamment par un John David Washington toujours dans le bon tempo, et remarquablement mis en musique comme toujours chez Spike Lee, "BlacKkKlansman" illustre de la meilleure manière qui soit, les fondements bêtement primaires et honteusement ridicules du racisme qui n'en finit pourtant pas d'agiter l'ensemble de nos sociétés. On notera au passage les courtes apparitions délicieuses d'Alec Baldwin et d'Harry Belafonte. Spike Lee semble revenu en forme. C'est tant mieux.

Couverture du Sight & Sound de septembre 2018