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"Affaires privées"

titre original "Internal affairs"
année de production 1990
réalisation Mike Figgis
photographie John A. Alonzo
interprétation Richard Gere, Andy Garcia, Nancy Travis, William Baldwin

La critique de Didier Koch

En 1990, Richard Gere est installé depuis dix ans à Hollywood où il a imposé, en deux films devenus cultes, son statut de sex-symbol. "American gigolo" de Paul Schrader, puis "Officier et gentleman" de Taylor Hackford l'ont certes propulsé à la une des magazines, mais c'est davantage ses qualités plastiques et sa sensualité qui y sont mises en avant que son talent d'acteur, qui l'avait pourtant amené à faire ses classes auprès de réalisateurs confirmés tels Richard Brooks ("À la recherche de Mr. Goodbar"), Robert Mulligan ("Les chaînes du sang", 1978), Terrence Malick ("Les moissons du ciel") ou John Schlesinger ("Yanks", 1979).

C'est aussi cette image de playboy un peu lisse qui est mise en avant dans le remake d'"À bout de souffle" qu'il tourne avec Jim McBride. La critique lui tombe alors dessus à bras raccourcis, ne lui pardonnant pas d'avoir osé s'approprier le rôle du mauvais garçon tenu par Belmondo dans le film mythique et intouchable du pape de la Nouvelle Vague. Certains de ses films suivants auront beau être tout à fait honorables, rien ne pourra redresser son image d'acteur un peu fade à l'expressivité limitée.

Abordant la quarantaine avec les cheveux grisonnants, il lui faut vite corriger le tir s'il ne veut pas passer à la trappe. C'est Mike Figgis, jeune réalisateur anglais ne comptant qu'un long métrage à son actif ("Stormy monday", 1988), qui lui en offre l'occasion avec "Affaires privés", un thriller sulfureux où un contre-emploi total va lui permettre de révéler de manière éclatante une autre facette de son jeu visant à effacer définitivement une image trop lisse. Incarnant un flic ripoux jusqu'à la moelle qui règne en maitre sur une compagnie de police de L.A., il diffuse à merveille une ambigüité malsaine rarement atteinte, qui glace le sang tout autant qu'elle fascine. Mike Figgis, qui a compris tout le parti qu'il pouvait tirer de son acteur particulièrement investi, cherche dans tous les plans son regard de squale en observation de ses futures proies.

L'acteur, qui ne pourra faire autrement que de retomber dans ses rôles de séducteur distancié après le succès foudroyant de "Pretty woman" (Gary Marshall), livre ici sans aucun doute sa prestation la plus déroutante, mais aussi la plus convaincante. À de trop rares reprises, Gere puisera à nouveau dans le registre sombre de son jeu, notamment pour le trop sous-estimé "L'élite de Brooklyn" (Antoine Fuqua, 2009).

Passionnant de bout en bout, "Affaires privées" s'avère être le chef-d’œuvre de Mike Figgis dirigeant un Richard Gere transfiguré.