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"Absence de malice"

titre original "Absence of Malice"
année de production 1981
réalisation Sydney Pollack
scénario Kurt Luedtke
photographie Owen Roizman
musique Dave Grusin
interprétation Paul Newman, Sally Field, Bob Balaban
 
récompense Mention honorable au festival international du film de Berlin 1982

Pour : la critique de Didier Koch pour Plans Américains

Comme beaucoup de réalisateurs de sa génération, en rupture avec les grands pionniers, Sydney Pollack n'aura pas été très prolixe de son art. Vingt films en 40 ans de carrière, quand un John Ford en compte plus de 140 (muets et parlants) sur 60 ans. Le système des studios étant en crise et les réalisateurs des années 60 et 70 se revendiquant auteurs, nous avons là une partie de l'explication de cette différence de rythme de production.

"Absence de malice" est le douzième long métrage de Pollack à un moment où ce dernier est au creux de la vague, "Le cavalier électrique", son dernier travail avec Robert Redford, ayant été un échec au box-office, tout comme l'avait été deux ans auparavant "Bobby Deerfield", mélodrame larmoyant sur fond de Grands Prix de Formule 1.

Le pouvoir des médias sur l'ensemble de la société américaine avait déjà été traité de manière très convaincante par Sidney Lumet dans "Network", terrible charge multi-oscarisée sur le conditionnement de la population par la télévision. La même année, Alan J. Pakula avait profité des "Hommes du Président" pour rafler, derrière "Rocky" et "Network", le reste des statuettes à la 49e cérémonie des Oscars.

Cinq ans plus tard, Pollack s'intéresse à son tour à l'influence grandissante des médias que rien ne semble pouvoir arrêter. Il décide de donner à son film la tonalité du suspense comme avait si bien réussi à le faire Pakula. L'affaire du Washington Post encore toute chaude qui avait provoqué la chute de Nixon était un sujet en or, qui avait emballé le public. La recette concoctée par Pollack avec, au casting, le renfort de Paul Newman, le compagnon d'armes de Robert Redford chez George Roy Hill ("Butch Cassidy et le Kid", "L'Arnaque") et de Sally Field fraichement oscarisée pour sa performance dans "Norma Rae" de Martin Ritt, n'a pas été goûtée par le public, qui a boudé le film.

"Absence de malice" est pourtant l'un des très bons films du réalisateur, où Newman réalise l'une de ses meilleures performances. Mais vendu comme un polar à suspense, le film déçut les adeptes du genre. En réalité, le scénario de Kurt Luedtke démontre avec nuances que le fonctionnement des médias pousse l'ensemble des acteurs qui gravitent autour à se satisfaire de toutes les approximations pour parvenir à créer le sensationnel.

Sans réelle connivence préalable, la journaliste (Sally Field) et le flic (Bob Balaban), assoiffés tous deux de reconnaissance, se sont jetés sur Michael Collin Gallagher (Paul Newman), le fils d'un truand notoire décédé, pour en faire le coupable idéal de l'enlèvement d'un syndicaliste sulfureux, sans bien sûr le début d'un soupçon de preuves. C'est sur ce quiproquo provoqué que Megan Carter (Sally Field) noue une relation amoureuse avec Gallagher (Paul Newman). La machine lancée, plus moyen de faire marche arrière, et les dégâts seront considérables. Le scénario, parfaitement ciselé, montre sans manichéisme comment les choses s'enchaînent sans qu'aucun des protagonistes ne soit fondamentalement un salaud. On est donc bien loin des canons du genre policier, et si le film réserve quelques scènes très fortes émotionnellement, il lui manque les habituels coups de feu et la sempiternelle poursuite en voiture auxquels les spectateurs peuvent s'attendre en voyant la bande annonce.

Avec le temps, "Absence de malice" n'est toujours pas mieux considéré par la critique, Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, dans leur livre somme 50 ans de cinéma américain, reprochant au film d'être un thriller sans personnalité malgré une interprétation excellente. Il serait intéressant de revoir le film en compagnie de Bertrand Tavernier pour tenter de lui faire infléchir quelque peu sa position radicale.

Contre : critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Le pouvoir de la presse, les limites de la démocratie, la corruption. Ce film n'apporte rien de bien nouveau et déçoit de la part d'un réalisateur aussi important que Pollack. Même Newman n'est pas bon.